Editoriaux - Santé - Société - 26 novembre 2015

SIDA : avec le Truvada, ça va être la fête dans les back rooms

La Sécurité sociale est en déficit. Un trou sans fond : 12,8 milliards d’euros prévus pour cette année.

Vous avez besoin de lunettes ? Tant pis pour vous, vous irez vous acheter une loupe chez Lidl. Vous n’avez plus de dents ? Dommage, il va falloir vous mettre à la purée. Plus de sous, vous dit-on ! En revanche, si vous êtes homo et que vous voulez baiser sans capote, alors là, pas de souci : madame Touraine va vous fournir vos pilules de Truvada pour vos parties de troulala. Prise en charge assurée, efficacité garantie.

Qu’on se le dise : au nom de la lutte désespérée contre le SIDA, ça va être la fête dans les back rooms ! Et à nos frais !

Marisol Touraine vient donc de donner son feu vert à la distribution du Truvada, une combinaison d’antirétroviraux puissants à prendre à titre préventif avant d’aller faire la fête. Celui-ci sera délivré très prochainement « à des homosexuels séronégatifs, très exposés au virus et qui, pour diverses raisons, n’utilisent pas de préservatifs ».

Une petite précision, peut-être : c’est qui, c’est quoi, ces gens « très exposés » ? Et exposés à quoi, au juste : sont-ce des gens qui ont des rages de cul comme d’autres ont des rages de dents ? Des nymphomanes inconscients, des abonnés de back rooms saisis par la fièvre du samedi soir ? Des urgentistes de la chose qui n’ont même pas le temps d’enfiler une protection, tant ça les démange ?

On nous dit que l’association AIDES est très contente de cette décision qu’elle espérait depuis longtemps. Ben, tiens ! Le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l’Agence nationale de recherche sur le SIDA (ANRS), l’est également. « Cette décision de la ministre n’était pas facile à prendre et on ne peut que saluer son engagement courageux. C’est un immense progrès dans la lutte contre le SIDA », nous dit ce monsieur. Et d’évoquer « des groupes de population » – sûrement pas l’épicière de Romorantin – qui « continuent d’avoir des pratiques à risque sans se protéger », mettant ainsi quelque 6.000 nouveaux malades sur le marché chaque année. Tout ça à l’insu de leur plein gré, forcément. Et puis ne stigmatisons pas, hein, ça pourrait passer pour de l’homophobie.

Comme dit ce charmant Pr Delfraissy :

On peut le déplorer ou le condamner avec des arguments moralistes. Mais la réalité est là, et si on veut vraiment se donner les moyens d’agir pour endiguer l’épidémie, notre responsabilité est de proposer à ces personnes d’autres moyens de prévention.

Ah bon, « notre » responsabilité ! Et la leur, docteur, elle compte pour du beurre ?

Que, dans leur égoïsme jouisseur, lesdites populations à risque prennent des risques inconsidérés, c’est en effet consternant. Que leur inconséquence soit entièrement à la charge de la collectivité est carrément scandaleux. Car, bien sûr, ces petites pilules vont être remboursées à hauteur de 460 euros par mois pour 30 comprimés. Ce bon Pr Delfraissy y voit la marque de la grandeur de la France : « C’est la grande différence avec les États-Unis, où le produit reste à la charge de la personne. » Et d’assener un argument qui ne manquera pas d’emporter toutes les adhésions : le remboursement à 100 % par vous et moi « n’est pas choquant. On rembourse bien les statines pour réduire le risque de cholestérol chez des personnes qui n’ont pas toutes une hygiène alimentaire exemplaire ou qui, pour certaines, continuent à fumer. » Eh oui, va falloir intégrer cela : avaler des frites trop grasses ou sodomiser des inconnus, c’est du pareil au même.

Mais rassurons-nous, car ce bon docteur l’assure : « Ce coût sera forcément moins élevé […], les personnes ne prenant pas un comprimé par jour. » Non, mais peut-être 5 ou 6 dans le week-end ? Et puis, quoi : il va leur mettre un compteur aux fesses ?

À lire aussi

Prise d’otages à Milan : ç’aurait pu être une belle histoire d’intégration…

À ceux qui trouveraient cruel, qu’on songe à renvoyer Ousseynou Sy vers sa terre d’origine…