Editoriaux - Santé - 16 août 2018

Si même l’OMS nous dit que le travail, ce n’est pas la santé…

En 2017, les arrêts de travail (AT) ont augmenté de 4,6 % au niveau national, accélération qui ne laisse pas d’émouvoir patronat et caisses primaires d’assurance maladie. Jadis, pourtant, un employeur qui s’étonnait auprès de sa CPAM de la semaine d’AT que tel salarié lui présentait systématiquement avant chaque période de vacances était sèchement renvoyé dans les cordes. Parce que les syndicats, cogestionnaires de la Sécu, voyaient, en ce temps-là, dans les arrêts maladie, une sorte de prime coup de chapeau à leurs électeurs des scrutins professionnels, se comportant ainsi en alliés objectifs des médecins malhonnêtes. Depuis que les gouvernements ont repris la main sur la baleine en nommant le président de la CNAM, les choses s’améliorent ; mais seulement au rythme des changements de cap des porte-avions administratifs.

Plus nombreux que les médecins indélicats, il en est aussi de trop empathiques face à des situations familiales ou professionnelles plus sociales que médicales. Ceux qui font trop clignoter les ordinateurs paramétrés de la Sécu sont aujourd’hui mis « sous accord préalable » : chaque arrêt de travail délivré nécessitera l’aval d’un médecin conseil de la CPAM, lequel prendra en charge la responsabilité d’un éventuel refus. De son côté, l’employeur est en droit de missionner à ses frais un médecin contrôleur privé, mais son délai de mise en œuvre rend ce recours peu efficace pour les arrêts de courte durée.

Pour expliquer l’accroissement des arrêts légitimes, on comprend qu’en retardant progressivement l’âge de départ à la retraite, on accroît mécaniquement le nombre de salariés susceptibles de développer des pathologies lourdes comme le diabète, l’hypertension ou les troubles musculo-squelettiques.

Mais depuis plusieurs années sont arrivés sur le devant de la scène médiatique le « stress au travail » et le « burn out », donnant à certains (pas désintéressés) l’occasion de rappeler que le mot travail dériverait d’un mot latin qui désignait un instrument de torture. Ce que contestent vigoureusement les linguistes.

Il n’en reste pas moins que tout le monde n’a pas la chance de faire ce qu’il aime au point de n’avoir jamais l’impression de travailler. Ce qui pose problème au regard de la définition de la santé, telle que la conçoit l’Organisation mondiale éponyme : « État de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » Dès lors, il est craindre que les arrêts de travail pour mauvaise « santé » sans maladie ne soient pas près de régresser…

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