Editoriaux - International - Table - 17 septembre 2013

Si les USA s’occupaient d’abord de ce qui se passe chez eux…

Un mort américain, c’est un drame. Mille morts irakiens ou afghans, ce n’est qu’une statistique : ainsi va la vie et ses élégances médiatiques. Logique. Les USA sont le rempart du monde libre. Nous ayant protégés de longue date contre les méchants communistes rouges et les vilains petits hommes verts. Et aujourd’hui contre l’hydre islamiste ; même si les morsures de serpents font plus de morts en Inde que les attentats attribués aux mêmes barbus ; même si les narcotrafiquants alignent cent fois plus de cadavres au seul Sud du Mexique que dans le vaste-flou oriental.

Bref, à Washington, nous ne sommes pas passés loin de l’Apocalypse. Ce lundi dernier, un homme a pénétré dans les bureaux de la Marine américaine. Il ne venait manifestement pas en paix, ayant tué treize personnes, en blessant huit autres, avant de se faire démonter le caisson par les forces de l’ordre accourues en masse – troupes spéciales, hélicoptères ; porte-avions et sous-marins nucléaires n’ayant pu se rendre sur place pour d’évidentes raisons de voies de communication.

Qui était-il ? Un égorgeur d’Al-Qaïda ? Même pas. Il est vrai que cette organisation n’existe plus depuis plus de dix ans. Un Mohamed Merah local, donc ? Pas plus. Un Anders Breivik du coin, alors ? Encore moins. Pas de chance, en effet… Le coupable, abattu de suite, tel qu’écrit plus haut, se nomme Aaron Alexis. Est noir de peau et converti au bouddhisme. Étrange mélange que celui-là… Une sorte de Dalaï-lama, le peignoir de bain et la trompette de Louis Armstrong en sus. Et mâtiné d’une sorte de réplique sismique du rappeur 50 cents, puisque délinquant multirécidiviste. Soit une sorte de bande-annonce de l’Amérique d’aujourd’hui et de l’univers global de demain.

Ses motivations politico-religieuses sont évidemment des plus floues. Ancien de l’US Navy, il n’était pourtant pas exactement un matelot comme les autres, nous révèle Le Figaro de ce mardi : « Tantôt violent, impulsif, instable, tantôt souriant, généreux et doux comme un agneau, les témoignages sur la personnalité d’Aaron Alexis décrivent un être capable du meilleur comme du pire. Dès le lycée, en 1997, le jeune homme fait connaissance avec la police de New York, après avoir brisé un verre sur le crâne d’un camarade de classe lors d’une bagarre. Quelques années plus tard, il prend un virage vers la générosité et se porte volontaire pour porter secours aux victimes du 11 septembre, raconte son père. »

C’était donc bien la peine que les USA écoutent la planète entière, à la chasse au Dahu musulman, pour laisser passer en leurs mailles, pourtant serrées, un tel olibrius… Une réflexion en appelant généralement une autre, ne serait-il pas opportun de leur rappeler qu’il ne sert pas à grand-chose d’alerter la galaxie sur des dangers imaginaires, alors que chez eux, de « braves citoyens » tuent comme ils respirent ? Que des étudiants puceaux et boutonneux peuvent décimer un lycée entier pour une mauvaise note en mathématiques. Que des foldingos survivalistes puissent prendre les armes contre un État fédéral, là-bas honni, mais dont ici, nous n’avons que foutre…

En un mot comme en cent, que les Américains soignent leur maux structurels avant de prétendre mettre le reste de la Terre à feu et à sang pour des périls n’étant que la petite monnaie de cette grande ardoise, de plus en plus structurelle, qu’ils sont en train de léguer aux générations futures. Celles du chaos et d’un choc civilisationnel et religieux qu’ils auront été les premiers à instrumentaliser. Et dont ils payent, aujourd’hui, les pots cassés.

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