Armées - Editoriaux - Société - Table - 19 février 2018

Service national : en théorie, une bonne idée. Dans les faits, un bibelot sans effet

Recul de six points en un mois, de huit en deux mois pour Macron dans les sondages de l’IFOP, avec 44 % d’opinions favorables. La saturation médiatique connaît ses limites. La multiplication des annonces dans toutes les directions pouvait susciter une certaine admiration facilitée par la comparaison avec le triste prédécesseur. Aujourd’hui, elle donne le tournis et fait naître le soupçon justifié d’une tentative de manipulation de l’opinion.

Alors M. Macron choisit la fuite en avant : c’est l’annonce d’une nouvelle réforme destinée à faire plaisir aux nostalgiques du service national, et à cette droite qu’il essaie de racoler en montrant combien il veut ressusciter l’engagement national, l’esprit civique.

Là encore, il s’agit d’une promesse, tellement fumeuse que les ministres ont d’abord pataugé dans la purée de pois. Pour Florence Parly, le service national ne devait pas être obligatoire. Pour Gérard Collomb, il devait l’être. Sa durée demeurait floue.
L’homme de l’Élysée a tranché : ce serait universel et obligatoire pour une durée comprise entre trois et six mois. Il s’agirait d’un engagement civique destiné à favoriser le brassage social et éveiller le sentiment d’une solidarité nationale, d’une dette morale envers le pays. Comme d’habitude, l’enveloppe philosophique est intéressante. C’est son réalisme qui éveille des doutes.

Deux parlementaires, Marianne Dubois (LR) et Émilie Guerel (LREM), doivent justement remettre un rapport le 21 février dont on connaît déjà les grandes lignes. Elles sont à l’opposé de la vision présidentielle : il n’est pas souhaitable qu’il soit obligatoire et devrait s’échelonner en trois étapes de 11 à 25 ans. La première consisterait en une semaine annuelle consacrée à la défense et à la citoyenneté, de 11 à 16 ans, suivie d’un rite de passage constitué par une semaine d’immersion dans la mixité sociale avec remise symbolique d’un passeport citoyen. Durant la troisième étape, il s’agirait de favoriser l’engagement associatif au travers de périodes dont aucune n’aurait d’aspect militaire. L’idée est de lutter contre l’individualisme par une éducation jalonnée d’exercices, en faisant appel aux moyens existants : l’école, les associations. Il s’agit d’un projet sans doute compatible avec la rigueur budgétaire, mais qui paraît bien optimiste sur la mobilisation des moyens humains.
Les réticences devant l’annonce présidentielle beaucoup plus ambitieuse et vague à la fois montrent bien que ce n’est pas gagné.

Les « syndicats » étudiants sont contre, ce qui n’est pas une surprise. Ces premières réactions relevées par Le Monde soulignent à la fois la nécessité du projet et les difficultés psychologiques de sa mise en œuvre. L’idée d’un engagement au nom d’un devoir envers la nation est totalement ignorée.

Le service doit être à la carte avec la légèreté qu’a maintenant celle d’identité. Luc Ferry, chargé d’une réflexion sur le sujet par Nicolas Sarkozy (on se demande pourquoi), avait déjà formulé des réserves sur la contrainte, sur l’obligation qui, s’opposant au don, tuerait le bénévolat. Le don, comme l’a montré Marcel Mauss, est effectivement essentiel pour l’homme, animal social. Dans les sociétés solidaires, il est obligatoire. Simplement, cette obligation n’est pas une loi extérieure sous peine de sanction. C’est une obligation intériorisée forgée par l’éducation et l’exemple. En cela, le rapport parlementaire, en jalonnant l’expérience, est sur la bonne voie car il veut apprendre l’obligation du don… mais dans une société et dans des milieux professionnels qui risquent d’avoir du mal à s’associer à la démarche.

Deux questions subsistent. Celle du coût, pour l’instant minimisé par l’exécutif. La seconde question est l’implication de l’armée. Elle n’en a pas les moyens. Une mission d’encadrement et de soutien logistique à un service national universel et obligatoire est non seulement hors d’atteinte, mais compromettrait l’efficacité de nos armées.

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