Sentinelle : les limites de l’opération « pièges à termites »

Professeur d'Histoire
 

Je ne connais rien à l’art de la guerre, je ne suis pas dans le secret des plans d’état-major et les élucubrations qui vont suivre ne prétendent nullement faire la leçon à nos généraux. Je ne suis pas Jupiter.

Alors, Sentinelle ? Au début, je me suis dit, comme beaucoup : c’est la seule réponse crédible, essentiellement psychologique, que l’armée appelée au secours par des politiques paniqués après janvier 2015 ait proposée au Président Hollande. Et de ce point de vue, ce fut une réussite. Une réussite du « en même temps », d’ailleurs. Rassurer et sécuriser l’opinion tout en lui disant bien, elle qui ne jurait que par « Faisons comme avant ! Il faut continuer à sortir, faire la fête ! Vous n’aurez pas ma haine ! Et patin couffin, etc. », que nous étions quand même en guerre et qu’au coin de la rue pouvait surgir le camion fou, le couteau ou la kalach’, avec le refrain qui va avec : Allah Akbar. La guerre, quoi…

Ces patrouilles Sentinelle, c’est cette discrète mais régulière – et nécessaire – piqûre de rappel du réel à des Français enclins à une amnésie reposante, surtout pendant l’été. D’ailleurs, les touristes étrangers fonctionnent de la même façon. Ils avaient déserté la France après les attentats de Paris et de Nice ? Ils sont revenus en force au printemps 2017. Effet Macron ? Peut-être. Pour avancer, un organisme, une psychologie, un peuple ont besoin de ces alternances de réel douloureux et d’amnésie bienfaisante. Alternance de décharges d’hormones du stress et du bonheur. Cela produit un équilibre. Ou une claudication. Un tic-tac. Un compte à rebours.

Et puis, avec cette nouvelle attaque d’une patrouille de Sentinelle, à Levallois, je me suis dit que l’opération avait une autre fonction, inavouée, inconsciente, mais qui, finalement, arrange tout le monde : l’armée, les politiques et nous, l’opinion. Le ministre Parly a usé de la rhétorique habituelle : « Acte lâche. » Mais qui sont les lâches, finalement ?

Et une analogie m’a sauté aux yeux : les termites. Notre société est attaquée depuis longtemps par des nuisibles du même type. Dont on ne peut se débarrasser par les insecticides ordinaires. Car nous ne le voulons pas, trop écolos. Trop lâches, surtout. Notre société ne supporterait pas les travaux et les traitements lourds qui nous permettraient de nous en débarrasser. Les fichés S ? Non, pas d’expulsion ni d’incarcération, vous n’y pensez pas ! Les mosquées salafistes ? Les zones de non-droit ? Le « tri » des migrants ? Tous les petits et gros trafics ? La déchéance de nationalité ? L’expansion et les revendications de l’islam ? Non, ça nécessiterait de couper des pans entiers de plancher vermoulu dans la maison France. Non, pas possible. On préfère vitrifier du vieux bois dont on sait pourtant qu’il va craquer.

Alors, comme toujours quand les choses deviennent sérieuses, on s’est tourné vers l’armée et elle a accepté. Accepté de prendre pour nous. L’Armée est le seul traitement efficace contre ces termites : le seul insecticide puissant qui va les attirer et les neutraliser. Pour nous éviter d’être la cible de ces attaques, les patrouilles Sentinelle sont là pour exciter, attirer et neutraliser ces radicalisés que nos politiques et notre justice sont trop lâches pour mettre hors d’état de nuire.

En un sens, c’est certainement une bonne réponse, adaptée à la lâcheté de nos dirigeants et des Français qui les élisent. Mais, tôt ou tard, cette réponse sera insuffisante car l’analogie avec les pièges à termites, parfaitement efficaces pour détruire la colonie, est imparfaite. D’une part, Sentinelle n’arrive pas à attirer toute la termitière. Et rien n’indique que nos politiques aient décidé de modifier le climat culturel de laxisme et de complaisance qui est propice à son renouvellement permanent. D’autre part, nos termites radicalisées ne sont pas seulement attirées par ces patrouilles, mais par bien d’autres boiseries de notre pauvre maison.

Un jour, il faudra passer aux grands travaux.

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