Culture - Editoriaux - Histoire - International - Politique - Religion - 18 décembre 2016

Ségolène Royal : seulement une étourderie ?

Ce qu’il y a de consternant, dans la déclaration faite par Ségolène Royal à La Havane à l’occasion des obsèques de Fidel Castro, ce n’est pas qu’elle ait dit du bien du défunt. Un jour d’obsèques, il est malvenu, quoi qu’on pense de lui, de dénigrer le disparu.

Ce qui a choqué l’opinion, c’est le caractère à la fois exagéré et, quant au fond, erroné de cet éloge.

Était-il nécessaire de dire que le Líder Máximo a été « un monument de l’Histoire » ?

Il ne fallait surtout pas dire qu’il n’y a pas de prisonniers politiques à Cuba : il y en a, on en connaît certains et il y en avait bien davantage encore dans les trente premières années du régime.

Évoquer l’existence, sur l’île, d’une « liberté religieuse » et d’« une liberté de conscience » est aussi choquant : un peu aujourd’hui, certes, et encore ; mais on sait que, dans ce pays, pendant quarante ans, la religion a été persécutée et toute opinion dissidente bannie.

Il y avait pourtant des choses positives et justes à dire sur Fidel Castro : par exemple qu’il a incarné un moment la fierté du peuple cubain, une forme de résistance nationale contre un grand voisin quelque peu encombrant. Personnellement, je ne lui aurais pas reproché de dire cela. Mais l’idée d’une résistance nationale est étrangère aux valeurs de Mme Royal, qui était une enthousiaste de Hillary Clinton et des néoconservateurs américains, une mondialiste libérale et post-nationale convaincue.

Ce qui frappe, dans les propos de Mme Royal (dont on ne saurait, évidemment, oublier la proximité avec le présidant Hollande), c’est d’abord l’ignorance. Je crains, en effet, que Mme Royal croie sincèrement qu’il n’y avait pas de prisonniers politiques à Cuba. Cette partisane du mariage isosexe ignore sûrement que, dans les années soixante, Fidel Castro avait ouvert des camps de concentration pour les homosexuels. L’ignorance n’est pas blâmable, à condition qu’elle rende modeste. Mais celle de Royal est sans gêne, à l’image d’un Parti socialiste de basse époque où les carrières se font au culot.

Cette dégénérescence de bonnes mœurs à l’international s’observe, hélas, presque tous les jours. Le tweet grossier de l’ambassadeur de France à Washington, un personnage dont il n’est pas nécessaire de retenir le nom, envoyé au moment où il apprenait l’élection de Trump fut à la fois discourtois pour celui-ci et nuisible aux intérêts de notre pays. Et il est toujours en place !

Ne parlons pas des torrents d’injures et de mensonges déversés depuis cinq ans par le Quai d’Orsay sur le gouvernement de Bachar el-Assad au mépris de tous les usages. Pour la première fois, un service diplomatique occidental se comporte comme les agences de propagande soviétiques de la grande époque.

Derrière ces comportements, il n’y a pas que l’ignorance, tant des faits que des usages, il y a aussi l’idéologie : l’ignorance est le terreau de l’idéologie, l’idéologie abêtit. À l’analyse objective du réel, elle substitue la projection de quelques valences schématiques : pour une partie de la gauche française, Castro porte encore le signe plus, comme Poutine porte le signe moins. À partir de là, on peut dire n’importe quoi : l’idéologie permet aux ignorants de pérorer sur des sujets qu’ils ne connaissent pas et dont la connaissance, au fond, leur importe peu. Encore heureux qu’à ce stade, il ne s’agisse que de mots.

Mais les mots ne sont pas innocents. Depuis les commencements de l’Histoire, au IIIe millénaire avant J.-C., la culture et la diplomatie ont eu pour but de pacifier autant que faire se peut les relations entre les hommes et les peuples : la culture pour comprendre l’autre, la diplomatie pour ne pas blesser inutilement. On craint le pire, à voir disparaître ces antiques vertus.

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