Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - 31 juillet 2018

Sébastien Chenu : « Il y a un totalitarisme glamour qui est en train de s’installer »

Le Rassemblement national vote les deux motions de censure. Pour Sébastien Chenu, l’affaire Benalla a été un véritable révélateur : celui de la mise en place d’une dictature soft. Elle a signé en même temps le retour du politique, et d’une opposition qui a « fait son boulot ».

Cet après-midi seront débattues deux motions de censure déposées par l’opposition.
Le Rassemblement national va-t-il voter ces deux motions de censure ?

Oui, nous allons voter les deux motions de censure. Elles vont toutes les deux dans le même sens et disent peu ou prou la même chose. Par conséquent, nous allons les voter.

Cette censure du gouvernement n’est-elle basée que sur l’affaire Benalla ou y a-t-il d’autres raisons qui vous ont poussé à prendre cette décision ?

L’affaire Benalla est un peu le détonateur de tout cela. L’affaire Benalla est finalement ce qui met en lumière les pratiques d’un pouvoir qui nous semble avoir pris un certain nombre de libertés, non seulement avec les engagements de campagne d’Emmanuel Macron, mais aussi avec les principes républicains des plus élémentaires. L’affaire Benalla est le révélateur. Ce n’est pas uniquement une motion de censure consacrée au premier mai, mais une motion de censure qui remet en perspective les valeurs auxquelles nous sommes attachés, les valeurs républicaines, valeurs dont il faut bien le dire la République En Marche s’est largement écarté.


L’affaire Benalla a beaucoup écorné l’image du président de la République.
Qu’est-ce qui vous a le plus choqué dans cette affaire ?
Pourquoi cette petite affaire isolée est devenue une affaire d’État ?

Le gouvernement a menti. Sciemment ou par omission, il a refusé de dire la vérité aux Français.
Nous avons découvert qu’à côté de son discours creux sur la bienveillance, l’exemplarité et la transparence, La République En Marche se livrait en fait aux plus vieilles et mauvaises habitudes du vieux monde. Il sont mis en place des structures parallèles aux structures républicaines en matière de police et probablement en matière de flicage des oppositions. Une sorte de totalitarisme soft et glamour en fait est en train de s’installer. Nous l’avons vu sur la toile, avec la loi Fake News.
Nous voyons que la République En Marche a beaucoup de mal à vivre avec ses oppositions. Or, dans une démocratie, il y a des oppositions et ceux qui sont dans la majorité doivent travailler avec ou contre, mais dans tous les cas, les prendre en considération.
Aujourd’hui, la République En Marche a du mal avec les oppositions. L’affaire Benalla a été le révélateur de ce totalitarisme soft qui est en train de s’imposer partout dans le pays.

L’affaire Benalla a aussi été le révélateur de l’opposition, car nous ne l’avons jamais vu l’opposition aussi présente et aussi unie. Nous avons en tête cette image de Marine Le Pen debout à côté de Danièle Obono.
Pensez-vous que l’opposition en a peut-être trop fait pour finalement démontrer qu’elle était présente et qu’elle est prête à censurer le gouvernement si besoin ?

L’opposition a simplement joué son rôle. Son rôle est de contrôler le gouvernement. Heureusement que l’opposition était là, car visiblement, ici, où la République En Marche à l’Assemblée nationale est majoritaire, il était nécessaire que l’opposition puisse contrôler le gouvernement. Si nous avions dû faire confiance aux députés En Marche pour contrôler l’action du gouvernement, nous n’aurions jamais eu de commission d’enquête et elles auraient été à huis clos.
C’est aussi le retour du Politique. La République En Marche et Emmanuel Macron ont voulu faire jalonner la France par des techniciens. Des gens sans colonne vertébrale idéologique, sans idée, mais simplement avec le mot pragmatisme à la bouche. On voit avec le retour du Politique à travers les oppositions qui lui rappellent les valeurs auxquelles nous croyons et auxquelles nous sommes attachés, les députés En Marche sont tout nus. Eux n’ont à la bouche que le ‘’en même temps’’ et ‘’la bienveillance’’. Tout cela, c’est du pipeau. Tout cela, face au mur de la réalité s’écroule lamentablement. Nous sommes attachés à des valeurs républicaines et des principes républicains. Le Président devrait d’ailleurs en être le garant. Visiblement , il ne l’est pas et son gouvernement s’est défaussé, a menti ou n’est pas venu, comme monsieur Castaner.
L’opposition a mis le doigt là où ça faisait mal. Ça leur fait tout drôle de se prendre les pieds dans le tapis.

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