Editoriaux - International - Politique - Tribune - 13 août 2015

Scandale : Amnesty veut amnistier la prostitution

À l’issue du congrès international qui s’est déroulé à Dublin du 7 au 11 août, et au terme de deux années de débat autour de la question, Amnesty International a voté ce mardi en faveur de la « dépénalisation de la prostitution ». Ce qui concerne, bien sûr, les personnes « en situation de prostitution », comme on dit aujourd’hui, mais aussi, par ricochet, leurs clients et proxénètes. Et fait scandale.

À bien y regarder, le monde occidental, dit encore « civilisé », est en train de se fracturer sur une question de droit : le droit « à disposer de son corps ». Avec, d’ailleurs, un foisonnement de contradictions propres à notre temps qui fait que l’on peut défendre à la fois tout et son contraire. Par exemple, militer pour la marchandisation des corps au nom du droit d’être homo, bi ou trans, et de son corollaire le « droit à l’enfant » (vente d’ovocytes, PMA puis GPA pour tous, etc.) et militer à la fois pour l’interdiction de la prostitution et la pénalisation des clients.

C’est ainsi qu’au printemps dernier, on a pu entendre Claude Askolovitch défendre, sur le plateau de « 28 Minutes » (Arte), la sexagénaire allemande qui s’était fait implanter des embryons dans le buffet et allait accoucher de quadruplés. Cela au nom de l’égalité du droit à disposer de son corps, tout comme en disposent les vieillards engrossant des jeunettes.

La position d’Amnesty, mûrement réfléchie, donc, et adoptée par un vote à la majorité des délégués, est que « la criminalisation du travail du sexe entre adultes consentants peut entraîner une augmentation des violations des droits des travailleurs du sexe ». Ainsi, Catherine Godart, patronne d’Amnesty France, expliquait-elle sur France Info que le projet est de « banaliser le travail du sexe pour mieux défendre les personnes ». Concrètement – et cela ne concerne que « les personnes majeures qui sont en situation de choisir librement, sans coercition, l’activité de prostitution » -, il s’agit de « sortir les prostituées de la clandestinité, leur permettre de défendre leurs droits, leur offrir une protection légale, l’accès aux soins et au logement », comme à tout travailleur légal.

En revanche, pas question, dit la dame, de dépénaliser les clients qui, depuis juin dernier, sont passibles d’une amende de 1.500 euros. Question qui ne se veut pas indiscrète : c’est quoi, une prostituée sans clients ? Une chômeuse du sexe ?

Côté associations, ça n’est pas la même chanson. À l’initiative des Femen, une vingtaine d’entre elles ont signé dans Libération une tribune furibarde dénonçant « la politique ultralibérale et patriarcale promue par les juristes d’Amnesty International ». Il ne saurait exister, comme le dit Amnesty, d’« accord contractuel par lequel des services sexuels sont négociés entre adultes consentants ». Il s’agit, en réalité, « d’entériner une politique en faveur de l’esclavage sexuel, la traite, les camps de dressage, les tortures, les actes de barbarie, les mauvais traitements, les assassinats, les viols… qui sont le “lot” du système prostitutionnel ».

Au fond, dans ce refus des associations à considérer qu’il peut y avoir, de par le monde, des femmes qui préfèrent ouvrir leurs cuisses que de bosser dans un supermarché ou chez McDo, il y a infiniment plus de haine des hommes que de défense des femmes. « Le système prostitutionnel représente un aspect de la domination masculine dans sa forme pure. Le client achète une marchandise, la prostituée, qui devient son instrument de plaisir. Dans ce rapport de domination, l’homme détient tous les pouvoirs : le sexe et l’argent », écrivent-elles.

C’est oublier que la majorité des tenancières de bordel sont et ont toujours été à travers la planète des mères maquerelles, ou que les filières de prostitution africaine – pour ne citer que celle-là – sont à 95 % organisées par les « mammas »…

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