Nuit Debout

Sarkozy contre Nuit debout : la guerre des cerveaux !

Journaliste, écrivain
 

Quand l’Histoire daigne repasser les plats, c’est généralement pour troquer comédie contre tragédie. La Commune de Paris fut tragique ; Mai 68 fut des plus comiques. Que dire de Nuit debout, mouvement manifestement dopé à la moraline et aux gaz hilarants ?

Certes, on préférera toujours voir nos enfants parler politique dans la rue plutôt que de se liquéfier le cervelet devant D8. Et dans les revendications foutraques de ce charmant happening plus ou moins mondain, plus ou moins républicain, tout n’est pas à jeter : même si Alain Finkielkraut en a été chassé, au moins Frédéric Lordon y aura-t-il été écouté.

Pour la petite histoire, ma fille aux vingt printemps tout juste révolus s’y est rendue. Juste histoire de voir, d’entendre, d’écouter. Pour seule récompense de ses efforts démocratiques, on l’a délestée de son téléphone portable ; pas une grande perte, dira-t-on. Mais tout de même, au prix que ça coûte, ces conneries fabriquées par des enfants niaquoués, réduits en esclavage par la mondialisation heureuse promue par Jacques Attali et Emmanuel Macron.

Mais laissons la parole aux enfants, à propos de cette pittoresque sauterie sentant fort le paléo-marxisme, le kebab pas frais et la merguez trop cuite. Ma fifille à moi, toujours : « Un rassemblement de branleurs bourgeois. » L’un de ses amis, fils d’un de mes meilleurs amis : « Pas grand-chose à tirer de ces gosses de riches et de ces chômistes professionels… » La première vote toujours pour des listes improbables – écologistes pour une royauté citoyenne, et plus si affinités ; l’autre écœuré par Jean-Luc virerait, ces temps derniers, plutôt pour Marine.

Plus sérieusement, les galopins de Nuit debout commenceraient donc à ressembler à ce que devint Occupy Wall Street, soit « un mouvement commençant à tomber amoureux de lui-même », pour reprendre l’heureuse expression de l’essayiste américain Thomas Frank.

Dans la foulée, un autre « amoureux de lui-même », Nicolas Sarkozy en personne, déclare, lors d’un meeting niçois – ville dans laquelle le moins qu’on puisse prétendre est que la fuite des cerveaux n’est pas un péril majeur, sauf en déambulateurs -, que les boutonneux de Nuit debout « n’ont rien dans le cerveau ». Le tout avec Christian Estrosi en arrière-plan… Christian et Nicolas, à deux sur le même et unique neurone, ce sont des choses qu’il convient d’avoir vues avant de rendre l’âme à Dieu.

PS : Pour le reste, un salut affectueux aux Veilleurs, épigones de La Manif pour tous qui, eux, depuis maintenant de nombreux mois, tiennent la rue sans emmerder le voisinage et sans laisser ni mégots ni canettes sur leur passage. Et bisous à Billy Paul (« Me and Mrs. Jones »), qui vient de nous quitter.

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