À SUIVRE

Sarkozy aux journalistes : « Vous n’apprenez donc rien ! » Et lui ?

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

Des promesses non tenues, c’est un grand classique chez les politiques. Il en est une, toutefois, que l’on aurait aimé voir respectée par Nicolas Sarlozy, c’est la promesse qu’il nous a faite en 2012 de « quitter la politique » s’il n’était pas réélu. Mais l’homme qui clame à tout vent « J’ai changé » n’a absolument pas changé du tout. Et quand il lance, hargneux, à un Pujadas (pour une fois un peu pugnace) : « Vous n’apprenez donc rien ! », on ne peut que lui rétorquer : « Et vous ? »

Les Français, dans leur ensemble, ne veulent pas plus de Nicolas Sarkozy qu’ils ne veulent de François Hollande. Ras le bol de ces deux-là : trop vus, trop entendus. À l’idée que puisse se rejouer le duel d’il y a cinq ans, le découragement nous saisit. Par pitié, qu’ils dégagent le terrain ! Hélas, cette prière paraît sans espoir…

Premier invité, donc, du nouveau rendez-vous de France 2, « L’Émission politique », Nicolas Sarkozy a repris jeudi soir son rôle favori : dire aujourd’hui le contraire de ce qu’il affirmait hier, enchaîner les virages à 180 degrés, se poser en victime d’une justice aux ordres, mentir si besoin et prôner pour demain les réformes qu’il n’a évidemment pas faites hier.

L’ancien chef de l’État a décidé de placer sa campagne sous le signe de la sécurité. Sa solution miracle : enfermer les fichés S. « Tous ces gens dans la mouvance radicale » ne devraient pas, selon lui, avoir « les mêmes droits qu’un citoyen français ». Sarkozy veut placer en rétention administrative les personnes suspectées par les services de renseignement d’activités dangereuses, et « notamment de consultation régulière de sites djihadistes », tout cela au nom du « principe de précaution ». Et, dans le même temps, pour ne mettre en rapport que ces deux points, il assure pouvoir réformer les finances publiques en supprimant, notamment, 100 milliards d’euros de dépenses et 300.000 emplois de fonctionnaires. Sans compter qu’il baissera, bien sûr, les impôts des classes moyennes et les charges des entreprises. Comment compte-t-il, alors, financer ses centres de rétention ? Qui va faire le guet devant les écrans pour pister les connections sur les sites djihadistes ? Et, plus grave encore : quelles limites Nicolas Sarkozy met-il entre « le principe de précaution » appliqué aux « activités dangereuses » ou réputées comme telles et un régime policier façon Stasi ?

On l’a deviné, tout cela n’est que de la com’, de la fanfaronnade de précampagne destinée à ratisser le plus large possible. Alors, bien sûr, l’ancien Président s’énerve quand on lui parle de ses propres démêlés judiciaires. Pas question qu’il admette la moindre responsabilité morale dans l’affaire Bygmalion. « Sur la responsabilité, je n’ai pas beaucoup de leçons à recevoir », dit-il dans un échange acide avec Léa Salamé. Peut-être, alors, sur ses petits arrangements avec la vérité ?

Questionné, il se dit victime d’« un procès d’intention qui n’est pas conforme à l’idée [qu’il se fait] de l’État de droit ». Pour quelqu’un qui prétend enfermer les gens sur une simple présomption, ça ne manque pas de sel… Mais quand il affirme n’être poursuivi que pour « le dépassement du plafond de dépenses électorales », il ment. La justice lui reproche bien plus largement le financement illégal de campagne électorale, et le soupçonne d’avoir sciemment engagé des dépenses supplémentaires en réclamant de nouveaux meetings quand toute son équipe – à commencer par lui – savait les plafonds largement dépassés.

Sarkozy n’a changé en rien. Il sort de ses gonds dès qu’on le pousse un peu dans les cordes. Alors, il peut bien répéter comme un mantra « Quand je m’ausculte, je m’inquiète ; quand je me compare, je me rassure », ça ne convainc personne.

S’il veut vraiment rendre service aux Français, alors qu’il quitte l’arène !

POUR ALLER PLUS LOIN