« Salah Abdeslam, dans sa tête de petite racaille fanatisée, est en dialogue direct avec son créateur »

Salah Abdeslam, seul survivant du commando islamiste ayant commis les attentats du 13 novembre 2015, est jugé depuis lundi en Belgique pour une autre affaire. L’occasion, pour Xavier Raufer, de revenir sur l’organisation de ce groupe terroriste. Ce qui est le plus effrayant, selon lui, c’est de constater que, sur le sol de l’Union européenne, on ait pu monter des machines terroristes aussi complexes.

Derrière le procès de Salah Abdeslam, c’est toute l’organisation terroriste qui est rappelée. Quel est selon vous, l’élément le plus frappant du dossier ?

Qu’un système aussi complexe ait pu se mettre en place dans l’impunité et dans l’ignorance la plus complète des services de renseignements intérieurs de deux grands pays européens est effrayant et incroyable.
La première idée qui émerge au moment où le seul survivant fait face pour la première fois à la Justice d’un des deux pays concernés, c’est l’effroi. Il est effrayant qu’on puisse monter des machines terroristes aussi complexes sur le sol de l’Union européenne sans que les services concernés à l’époque n’en voient rien, n’en sachent rien et n’y comprennent rien.

Lorsqu’on se penche sur le pedigree des terroristes, dont celui de Salah Abdeslam, on peine à croire qu’ils aient été capables d’organiser une telle opération…

Ce sont pour l’essentiel des hommes d’action de bas niveau, de petits voyous qui ont une habitude de l’illicite, mais qui n’ont aucune espèce de capacités stratégiques.
Monter une opération militaire de type commando ou terroriste, secrètement et sur le long terme, est fort difficile. Cela peut fuir par tous les bouts.
Je suis formel et c’est maintenant pratiquement une certitude. Il a fallu à un moment ou à un autre des gens d’un niveau supérieur, ailleurs, qui préparent cette machine-là, qui recrutent ceux qui sont aujourd’hui sur l’organigramme dont je vous parle. Le petit Abdeslam jugé en ce moment en est un des participants. Je vous rappelle que l’on compte à l’heure actuelle sur cet organigramme plus de quarante individus en cause sur des actions de tueries de masse dans deux grandes capitales européennes et tout cela à partir du Moyen-Orient.
En aucun cas, ces gens-là n’ont la capacité de monter une opération aussi incroyablement complexe et durable.

On présente Abdelhamid Abaaoud (tué à Saint-Denis) comme le cerveau de l’opération. Pour vous, cela tient-il debout ?

Cela ne tient pas une seconde debout. Même les personnes dans l’ombre dont on nous a parlé et qui ne seraient pas encore identifiées en sont incapables.
Dans l’organisation État islamique, il y a une direction des opérations spéciales à l’étranger. Elle s’appelle Amni en arabe. C’est un appareil militaire plus ou moins secret et clandestin, à vocation terroriste. Manifestement, la préparation du coup vient clairement de là.
Les gens qui ont monté cette opération sont des individus dont sans doute le passé terroriste au sein d’Al-Qaïda ou au sein d’autres organisations de même nature leur donne cette capacité.
Les criminologues qui font leur travail convenablement rencontrent les gens sur le terrain.
Des équivalents Abdeslam ou Abaaoud, j’en ai rencontré beaucoup au fil des années. Ils sont rusés, matois, capables de survivre dans des circonstances un peu périlleuses des grandes banlieues des grandes capitales. Mais j’insiste, ils n’ont pas la capacité « militaire » de monter une telle opération. C’est très difficile.
Regardez l’organigramme qui a été publié récemment dans un grand quotidien. Vous verrez à quel point c’est lourd, durable et complexe. Il est pratiquement impossible qu’une joyeuse bande de racailles ait pu monter une opération pareille.

En admettant que Salah Abdeslam décide soudain de parler, serait-il en mesure de nous apprendre quelque chose ?

Il ne sait rien. C’est manifestement un survivant par hasard.
Il semble clair qu’il avait l’intention de se faire sauter et que cela n’a pas fonctionné. Il a donc lâché la veste dans une poubelle quelconque et a essayé de survivre. Mais dans sa tête, il est déjà mort, il est déjà ailleurs. Il n’a rien à dire.
Dans le temps, il y avait dans les pages roses du dictionnaire l’expression Res ipsa loquitur, la chose parle par elle-même. L’acte qu’il a accompli parle par lui-même et pour le reste, dans sa tête de petite racaille fanatisée, il est en dialogue direct avec son Dieu, son créateur et le reste ne compte plus pour lui. Il l’a dit lui-même hier : « Je suis inatteignable, vous ne pouviez rien contre moi. »

Dans votre dernier entretien pour Boulevard Voltaire, vous aviez émis l’hypothèse d’un terrorisme d’État. Maintenez-vous cette position ?

Le terrorisme d’État est une forme de terrorisme impulsé par un État, quel qu’il soit. Je ne visais naturellement ni en particulier un État A, un État B ou un État Z.
On constate qu’un groupe terroriste s’est constitué par manipulation des services de renseignement. Cette technique consiste à prendre en compte un groupe, puis on le manipule et on lui fait accomplir des actes qui ne tiennent pas à l’idéologie propre de ce groupe, mais qui tiennent aux intérêts de l’appareil d’État qui le manifeste.
Je constate, dans l’histoire de l’État islamique et de cette branche clandestine de l’État islamique qui s’appelle Amni, qu’il y a des interférences étrangères à l’intérieur de ce système. Elles ont varié au cours des années et sont toutes moyen-orientales. Elles se situent quelque part entre le monde arabophone et le monde persophone. Pour l’instant, il est difficile d’en dire plus. On ne va pas accuser les gens à la légère. Des travaux et des recherches sont en cours à l’heure actuelle pour essayer de préciser tout cela.
Il est d’ores et déjà certain, en revanche, que les renseignements qui servaient à accomplir certains attentats, hors de la zone moyen-orientale, ont été fournis par des services de renseignement de la zone moyen-orientale. Plus tard, nous aurons les empreintes digitales. Tout finit toujours par se savoir. Nous aurons les liens directs. Et à ce moment-là, nous pourrons parler plus clairement.
Je vous assure, en attendant, qu’au moment où nous parlons, des enquêtes sont en cours pour essayer d’en savoir plus. Tout cela a naturellement largement été raté et omis dans les premières phases de l’enquête par les services de renseignement intérieurs français tels qu’ils étaient sous monsieur Hollande. De même, ils ont raté à peu près catastrophiquement toutes les affaires de terrorisme sur le territoire à l’époque.

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