Royal, Hidalgo… aujourd’hui Clinton : le féminisme doloriste des politiques de gauche

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

C’est, décidément, un véritable tropisme chez les femmes politiques de gauche ; certes, il en est quelques-unes du centre droit qui en sont également atteintes, mais il faut reconnaître que la « reductio ad misogynum » (j’invente) est une spécialité de ces dames.

Qu’elles perdent une élection, ou même subissent seulement la critique pour leur politique, et voilà qu’elles sortent immanquablement l’argument qui tue : « C’est parce que je suis femme. »
 
Argument qui tue la cause des femmes, vous l’aurez compris.
 
J’évoquais ici, la semaine passée, notre maire de Paris, Anne Hidalgo, contre qui une grande partie des Parisiens, et plus largement des Franciliens, est extrêmement remontée, et pas seulement les automobilistes contraints d’affronter quotidiennement des heures d’embouteillage.
La dame, donc, expliquait ainsi les raisons de sa détestation : « Je suis une femme, donc ça, déjà, c’est un point, je pense, important. […] Je suis une femme de gauche. Je l’assume. Voilà, je le revendique. Je suis une femme qui porte l’écologie, un humanisme, et je suis une femme qui dirige la plus belle ville du monde. Alors, heu… je l’explique par ça. »
 
C’est une explication dont a, maintes fois, usé avant elle cette chère Ségolène Royal. La dernière, c’était en décembre, suite à son panégyrique de feu Fidel Castro – un grand homme cher à son cœur – qui lui avait valu de nombreuses critiques. Sa défense : « Dans l’agression idéologique de la droite sur la façon dont je disais des choses vraies sur Cuba, il y avait cette résurgence de la contestation de l’évaluation historique qu’une femme a droit ou pas le droit de faire même avec mon background et mon expérience politique. On n’est pas encore sorti de cette misogynie et de ce sexisme. »

Aujourd’hui, date de la sortie du livre 1 où Hillary Clinton fait retour sur la dernière campagne électorale dont elle est sortie défaite dans tous les sens du terme, on en trouve dans la presse les grands thèmes. Malgré sa famille aimante, « le Chardonnay » et ses chiens, madame Clinton ne se remet pas d’avoir perdu. Elle tourne et retourne les choses, fait l’exercice minimum d’autocritique, incrimine l’adversaire-épouvantail, incrimine son camp, puis incrimine… les électeurs. Un électorat qui ne l’a jamais aimée, dit-elle. « Qu’est-ce qui fait de moi un bouc émissaire ? Je me le demande vraiment, je n’arrive pas à comprendre », écrit-elle. Et propose cette simple réponse : « C’est en partie parce que je suis une femme. »
 
Non, Madame Clinton, c’est tout bêtement, bien au-delà de votre sexe, parce que vous n’êtes pas aimée. Pour votre morgue, pour votre désir effréné d’occuper le terrain, pour votre goût de l’argent… D’ailleurs, le camp démocrate auquel vous appartenez ne voit pas d’un très bon œil la sortie de votre livre, et encore moins la tournée promotionnelle que vous entreprenez aux États-Unis et au Canada, « avec des séances de dédicaces mardi à New York, d’interviews et 15 conférences payantes jusqu’en décembre », comme nous l’apprend Le Point.
 
Cela dit, on en vient forcément à se poser la question : les femmes politiques de gauche seraient-elles des chochottes ? De petites choses particulièrement entravées par leur condition de pauvre femme ? Car, quoi qu’on pense des personnages et de la politique qu’elles professent, on n’a jamais entendu une Valérie Pécresse, une Michèle Alliot-Marie et encore moins une Marine Le Pen invoquer leur condition féminine pour expliquer leurs échecs électoraux.

Notes:

  1. What Happened (« Ça s’est passé comme ça »), à paraître chez Fayard le 20 septembre

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