Cinéma - Editoriaux - People - 22 septembre 2018

Romy Schneider aurait 80 ans

Romy Schneider aurait eu 80 ans, ce 23 septembre. C’est à Vienne, en Autriche, qu’elle naquit en 1938, quelques mois après l’Anschluss. Elle était issue d’une famille d’artistes : un arrière-grand-père acteur et metteur en scène, une grand-mère pensionnaire de ce fameux Burgtheater que Stefan Zweig évoque dans Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen, un grand-père d’abord officier dans l’armée puis avocat et enfin acteur.

Les parents de Rosemarie Magdalena Albach (les vrais prénoms et nom de Romy), Wolf Albach-Retty (1906-1967) et Magda Schneider (1909-1996), étaient, eux aussi, acteurs. Son père tourna une centaine de films entre 1927 et 1966 et sa mère une douzaine entre 1932 et 1958. C’est d’ailleurs Magda Schneider qui interprétait la princesse Ludovica de Bavière, mère de Sissi, dans les trois films qui révélèrent Romy au cinéma et au monde. On ne s’attardera pas sur l’enfance et l’adolescence de Romy : les infidélités de son père, le divorce de ses parents en 1945, le remariage de Magda en 1953 avec un homme que l’actrice ne porta jamais dans son cœur, se contentant de parler de lui comme du « deuxième mari de ma mère ».

Il faut quand même s’arrêter sur la personnalité de Magda, cette mère possessive, qui fut une actrice renommée dans l’Allemagne d’avant-guerre. Proche de Martin Bormann, conseiller d’Hitler, elle était familière du nid d’aigle de Berchtesgaden. Des images d’archives montrent la petite Romy, âgée de trois ou quatre ans, en train de jouer sur la terrasse de la résidence alpine du Führer sous son regard attendri. Romy confia, dans les années 70, qu’elle était persuadée que sa mère avait été la maîtresse du dictateur et qu’elle lui en avait toujours voulu pour cela. Autant dire que la carrière de Magda déclina après la guerre. C’est elle, en tout cas, qui poussa sa fille au cinéma et à tourner Sissi. Elle n’avait pas pu être une star, sa fille le serait.

C’est ainsi que Romy se retrouva à tourner son premier film aux côtés de sa mère – Lilas blancs – en 1953 alors qu’elle avait à peine quinze ans. Et puis, donc, vinrent les Sissi : Sissi (1955), Sissi impératrice (1956), Sissi face à son destin (1957). De génération en génération, tout le monde, ou presque, aime voir et revoir Romy reine-impératrice. Sauf… Romy Schneider, qui en vint à haïr cette image de Sissi qui la transformait, selon elle, en « pâtisserie viennoise que l’on voudrait dévorer ». Elle refusa, d’ailleurs, de tourner un quatrième épisode, malgré le pont d’or qu’on lui proposait, au grand dam de sa mère, de l’opinion et de la presse allemande. « J’étais devenue une ingrate, une petite salope qui refuse un million de marks », confia-t-elle plus tard.

Et puis, à même pas vingt ans, auréolée de sa couronne impériale, elle débarque à Paris, désireuse de faire un autre cinéma. Un jeune homme l’attend sur le tarmac : Alain Delon. « Il est trop beau, trop bien coiffé », dira la jeune star de cet ancien garçon-boucher ; « c’est une oie blanche », confiera Delon à Jean-Claude Brialy. Ils deviendront amants. Jusqu’en 1963. Romy Schneider et Alain Delon se retrouveront, mais pour le cinéma seulement, autour de La Piscine en 1969. L’oie blanche est désormais une femme de trente ans, la robe en crinoline a valdingué avantageusement pour un maillot de bain deux pièces. Une sensualité bronzée et inattendue crève l’écran des années pompidoliennes. Une autre star était née.

En 1970, dans Les Choses de la vie, la banalité du dilemme amoureux, dans ces décors un peu tristounets des années toujours pompidoliennes, est transfigurée par Romy Schneider, au côté de Michel Piccoli. Une Romy qui interprète cette déchirante « Chanson d’Hélène » de Philippe Sarde : « Ce soir nous sommes septembre/Et j’ai fermé ma chambre/Le soleil n’y entrera plus/Tu ne m’aimes plus. » C’est le 29 mai 1982 que Romy Schneider ferma définitivement sa chambre. « Là-haut, un oiseau passe comme une dédicace dans le ciel. »

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