Editoriaux - Immigration et diversité - 9 septembre 2018

Rokhaya Diallo « kiffe sa race » ? Moi aussi !

Rokhaya Diallo vient de lancer son application « Kiffe ta race ». Sur BingeAudio.fr : avec ses amies, deux mardis par mois, elles vont « sauter à pieds joints dans les questions raciales ». Trois mois après la suppression du mot race de la Constitution, c’est plutôt comique ! Sur le nouveau podcast de Binge, qui fera sa première à la funeste date 11 septembre, les copines vont donc aborder un sujet – les races – qui a débuté au XVIIIe siècle, a culminé au XIXe, été décrié dans la seconde moitié du XXe, pour être enterré, c’est du moins ce que l’on croyait, par la suppression, en juillet, du mot de la Constitution, au XXIe. Les copines effectuent donc un bond en arrière de trois siècles : quelle modernité !

Alors, quelle est l’idée ? Grace Ly, Rokhaya Diallo, Fatima Aït Bounoua et Sabrina Ibrahim parleront « des Asiatiques, des Noirs, des Arabes, des Roms et même… des Blancs », entend-on sur la bande-annonce. Trop aimables, les filles… « Ici, on voit les couleurs », disent-elles, quand elles s’offusquaient, dans leur émission du même nom, de s’entendre demander « Tu viens d’où ? », question qui, à leurs yeux, leur dénie la nationalité française… En 2008, sur Arte, Rokhaya Diallo, de père sénagalais et de mère gambienne, se vexait même de ce qu’Éric Zemmour qui, donc, voit aussi les couleurs, lui dise qu’elle appartient « à la race noire » et elle posait la question : « C’est quoi, les races ? » En revendiquant de « kiffer sa race », elle change désormais son fusil d’épaule.

Mais, comme elle daigne autoriser « même des Blancs » à évoquer leur expérience « sans tabou », je ne vais pas me priver.

Tu veux savoir (pour m’exprimer comme toi) quelle vie mènent les non-Noirs, Rokhaya ? Bien que, intelligente comme tu es, je suis sûre que tu le sais, je vais t’en dire deux ou trois trucs.

J’en ai en marre de vivre dans un pays où je cours le risque, de plus en plus fréquent, de me faire tabasser pour un mauvais regard par des « jeunes » trop souvent multirécidivistes aux noms (la plupart du temps) exotiques ou de me faire trucider d’un coup de couteau pour une cigarette refusée.

J’en ai assez d’entendre « Sale Français, sale Céfran, j’nique ta mère » à la moindre insignifiante anicroche ou même pour rien. Je n’en peux plus de trembler à l’idée que mes enfants puissent se trouver, un jour, au mauvais endroit au mauvais moment, comme Laura et Mauranne à la gare de Marseille ou Adrien sortant de discothèque.

Intolérables me sont devenues les jérémiades d’une certaine communauté, de plus en plus nombreuse, qui passe son temps à se victimiser et, surtout, à nous imposer son mode de vie, vestimentaire, alimentaire, ses prières en pleine rue, aux antipodes du mien, français. Et, par-dessus tout, je ne tolère plus du tout de me faire traiter de « facho » parce que ma lucidité me pousse à décrire la réalité telle qu’elle est.

Voilà, chère Rokhaya. Merci infiniment de m’avoir permis d’étaler mes états d’âme. Ce n’est pas parce que, toutes les deux, on appartient à la même « race humaine » qu’on ne peut pas, respectivement, kiffer la sienne, tu es bien d’accord ? Et puis, si « kiffer sa race », pour toi, « veut dire juste prendre du bon temps », merci encore de me l’avoir permis en te disant ce que j’avais sur le cœur.

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