Robert Ménard : Pour prendre le pouvoir, le FN doit changer

Maire de Béziers

Ancien journaliste, fondateur de Reporters sans frontières et de Boulevard Voltaire

 

Robert Ménard, la presse annonce votre participation à un séminaire du Front national, début février. N’est-ce pas une rupture pour un maire qui annonçait ne vouloir s’occuper que de sa ville ?

Si la France n’était menacée ni par l’immigration ni par l’islamisation, si des millions de Français ne souffraient pas du chômage et de la pauvreté, si nos enfants allaient dans des écoles où on les instruisait plutôt que les préparer à « s’insérer » dans un marché du travail mondial, etc., alors l’essentiel des problèmes qui se posent à un maire, car ils se posent à ses administrés, disparaîtrait. Il existe un lien constant entre l’échelon local et le niveau national. Il n’y a donc pas de rupture mais, au contraire, prolongement de l’action.

Vous n’appartenez pas au FN, mais vous êtes désormais présenté comme un « compagnon de route ». Est-ce que ça ne vous dérange pas ?

C’est surtout faux. Un compagnon de route, c’est quelqu’un qui est à la remorque. Ce n’est pas mon cas. Au lendemain des régionales, j’ai fait part de mon analyse. J’ai eu l’occasion, par la suite, d’en parler de vive voix avec plusieurs dirigeants du FN. Eux de l’intérieur, moi de l’extérieur, nous avons le même sentiment : il faut refonder le FN, l’élargir, pour qu’il devienne le grand parti de gouvernement dont nous avons besoin. Dans cette affaire, ce qui compte, ce n’est pas l’intérêt d’un mouvement politique, c’est le pays.

Ce qui se passe en France et en Europe est trop grave pour qu’il n’y ait pas urgence à prendre de grandes décisions.

Comment abordez-vous ce séminaire ?

Dans un esprit de critique positive. Nous avons une situation exceptionnelle : plus du quart des Français font confiance à la droite patriote. Dans les esprits, nous sommes largement majoritaires. Comment concrétiser électoralement ce fait majoritaire ? Quels sont les freins qui s’y opposent actuellement ? Je parle des freins intrinsèques au programme du FN, intrinsèques à sa stratégie, des freins sur lesquels nous pouvons agir. Évidemment, nous ne pouvons pas changer l’hostilité militante des médias à notre égard. Alors, agissons sur ce qui dépend de nous.

Le principe même de ce séminaire est très sain.

Un organisme vivant a besoin de se recycler. Il a besoin d’un air extérieur. Que Marine Le Pen ait pris cette décision, unique dans l’histoire du FN à ma connaissance, témoigne de sa volonté de faire bouger les lignes, de proposer autre chose avant la présidentielle. C’est très encourageant.

Autre chose, mais quoi ?

Je l’ai dit à plusieurs reprises, mais il ne faut pas avoir peur de répéter lorsque c’est essentiel. Nous devons vaincre les réticences, qu’elles soient psychologiques ou de fond. Sur l’euro, sur la doctrine économique, une partie importante des électeurs de droite, et notamment parmi les personnes âgées (la classe d’âge qui vote le plus), est inquiète de ce que propose le FN. Que ces électeurs aient raison ou pas n’est pas le problème. C’est un fait. Il faut les rassurer. Il faut envoyer des signaux de stabilité à cet électorat. Sur le plan psychologique, le changement de nom du FN aurait un impact considérable. Encore faut-il qu’il ne s’agisse pas d’une opération de communication, mais que ce nouveau nom soit la signature d’un nouveau projet et d’un élargissement à de nouvelles personnalités.

Pour prendre le pouvoir, le FN a le devoir de changer. Hormis sur ce qui relève du salut public : la défense de notre identité. Changer pour avancer. C’est le principe de la vie. C’est le propre de la lutte. C’est la condition de la victoire.

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Ancien journaliste, fondateur de Reporters sans frontières et de Boulevard Voltaire

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