Audio - Editoriaux - Entretiens - International - Presse - 22 octobre 2018

Robert Ménard : « L’Arabie saoudite reste un pays de prédateurs »

Robert Ménard, fondateur de Reporters sans frontières, commente, pour Boulevard Voltaire, l’affaire Khashoggi, ce journaliste saoudien tué dans les locaux du consulat de son pays à Istanbul.

Après la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat de son pays en Turquie, on se dit que le métier de journaliste reste un métier dangereux…

Le métier de journaliste reste évidemment un métier terriblement dangereux, en particulier dans un certain nombre de pays. Bien qu’elle soit l’allié de bon nombre de démocraties occidentales, l’Arabie saoudite reste un pays de prédateurs. Les libertés n’y ont aucun sens et la liberté d’expression se réduit à peu de chose, à des titres privés ou gouvernementaux, mais qui tous disent ce qu’on leur demande de dire.

La liberté de la presse est bien réellement menacée dans un certain nombre de pays. Il ne faut pas confondre les pays où la liberté d’expression fait l’objet de réelles menaces, et nos pays où elle est d’abord menacée, ou en tout cas limitée, par les journalistes eux-mêmes.

Comment expliquez-vous la prudence, voire la discrétion, sur la mort de Jamal Khashoggi alors que la presse se déclare habituellement choquée face à des propos discourtois ou menaçants de Donald Trump ou de Vladimir Poutine envers des journalistes ?

Je ne suis pas sûr de partager votre sentiment. Je crois qu’il y a tout de même un haut-le-cœur pour bon nombre de journalistes. Au début, il y a eu des prudences, parce qu’il y a eu des prudences du gouvernement français et de Donald Trump. Il faut tout de même se rendre compte que l’Arabie saoudite est notre allié, notre fournisseur de gaz et de pétrole et notre principal acheteur d’armements. Au-delà de ces précautions, je crois qu’il y a une véritable émotion chez tout le monde.

Mais je rajouterais qu’il faut avoir la même émotion dans tous les cas, sans trouver d’excuses aux uns et aux autres. Je ne trouve pas plus d’excuses à ce qui vient de se passer, qui est le pire qu’on puisse rencontrer d’une part, et d’autre part de comportements d’un Chávez ou d’un Poutine. Il ne faut pas trouver, ici ou là, des excuses à des comportements inexcusables, parce qu’on est de droite ou de gauche. Je ne crois pas que ces deux présidents soient de grands amis de la liberté d’expression, pas plus que des libertés en général.

Alors qu’on nous avait présenté Mohammed ben Salmane, le nouveau roi d’Arabie saoudite, comme quelqu’un de libéral, tolérant et progressiste, ce sinistre fait divers ne risque-t-il pas de mettre à mal la vision positive que nous commencions à avoir de l’Arabie saoudite ?

Ça montre, en effet, un visage peu avenant de ce nouveau dirigeant.
Ça montre qu’on peut mettre « en prison », au Carlton de Riyad, 300 responsables ou princes, mais que lorsqu’on touche à son image, alors c’est un crime de lèse-majesté.
Le corps de Jamal Khashoggi a vraisemblablement été scié et dépecé avec de la musique en fond sonore pour ne laisser aucune trace. Alors, évidemment que ce qui lui est arrivé va nous faire changer d’avis sur celui qui apparaissait comme un réformateur. En fait, il est peut-être moins réformateur que celui qui défend un clan contre un autre clan, et de quelle manière et avec quelle violence ! Qu’il ait lui-même donné l’autorisation de cette action ou qu’il l’ait laissé faire – mais, dans les deux cas, c’est à peu près la même chose – c’est au-delà de ce qu’on peut imaginer.

Commentaires fermés sur Robert Ménard : « L’Arabie saoudite reste un pays de prédateurs »

À lire aussi

Robert Ménard : « Oui, quand on ne contrôle pas l’immigration, il y a des risques en termes de délinquance ! »

Imprimer ou envoyer par courriel cet articleVendredi, à Montpellier, un père de famille qu…