Mariage

La robe de mariée, cette coquille immaculée vidée de son sens

Médecin
 

Le mois de mai touche à sa fin. Un mois festif et équilibré. Du muguet inaugural à la fête à Jeanne, aux commémorations du 8, l’Ascension puis la Pentecôte. Mai aussi, le beau temps qui revient, pour le bonheur des petits, et pour les grands, les journées qui s’allongent et les jupes qui raccourcissent concomitamment à leurs lots d’insultes à visée patriarcale, conséquences d’un enrichissement multiculturel bourgeonnant et fruit non défendu d’un vivre ensemble fécond et harmonieux. Mais passons.

Mai est également, et surtout, pour la France catholique, le mois de la Vierge Marie. Pour la République laïque, mai, c’est plutôt 68, fais ce qu’il te plaît, jouis sans entraves et, en sus, annales des valeurs républicaines obligent, cette année-ci, 68 coïncide avec le pieux mois du Ramadan fraternel, sa chasteté diurne, ses indigestions nocturnes.

Cinquante ans plus tard, 68, bien au-delà des « 50 nuances féministes », a profondément mué. Hypersexualisation du quotidien des masses lobotomisées par une télé-réalité, une publicité et des réseaux sociaux où voyeurisme convole avec dépravation et exhibition fornique avec avachissement. Du porno pour tous et, au mois de mai, Cannes et son porno intello, sa « montée des marches », avec des « scorpions tatoués sur le cul et des robes si fendues qu’elles ne sont qu’une fente » (Bruno Lafourcade).

Mai 2018, c’était aussi le mois d’un grand mariage, princier, Harry et Meghan, avec tout ce dont peut encore avoir le droit de rêver une femme « cis-genre », fût-elle divorcée. Le carrosse, l’instant éternel de l’entrée dans l’église, les consentements et la robe. Plus scrutée que la mariée, la robe de la mariée. Source de toutes les convoitises et spéculations, invariablement blanche et immaculée dans sa conception, stigmate résiduel de la symbolique ringarde d’une chasteté « has been » et d’une virginité bien révolue. Robe de mariée, racisée blanche au grand dam de dame Diallo, qui y verrait l’insupportable oppression machiste du colon condescendant, le reliquat suprémaciste de l’influence moribonde de l’Église, ultime soubresaut honni du Père par excellence. Couleur de deuil et de mort dans certaines traditions africaines, un nikab de couleur noire eût été plus que probablement d’actualité.

Mais loin de moi toute pudibonderie, à l’ère de la « pipe contre un McDo », des familles décomposées puis recomposées, la robe maritale d’essence blanche n’est plus devenue qu’une coquille vidée de sa substance, dernier credo d’une civilisation stérile, un contenant éphémère, le temps d’une formalité, dénudé de son contenu symbolique ; épiphénomène des valeurs jadis louées de pureté et d’innocence, ringardisées au profit d’un consumérisme charnel, à l’image d’une société où le paraître et la laideur ont durablement avorté du beau et du vrai.

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