Editoriaux - Immigration et diversité - 14 décembre 2018

Retour au pays, assimilation ou intégration communautaire ?

En 1984, Bernard Stasi publiait son livre peu visionnaire, L’immigration : une chance pour la France. Depuis, l’immigration n’a cessé de croître dans des proportions considérables. Face à la montée des flux migratoires, à l’immigration de peuplement, les intellectuels et hommes politiques croient apporter les bonnes solutions pour y faire face. D’abord, les tenants du retour au pays des immigrés extra-européens (Rassemblement national, Éric Zemmour, divers souverainistes et identitaires) prônent une assimilation, pour ceux qui restent sur le territoire national.

Certes, il faut arrêter d’accueillir toute la misère du monde et couper les pompes aspirantes de l’immigration (regroupement familial). Certes, il faut renvoyer les immigrés clandestins et délinquants dans leur pays d’origine. Certes, il faut entrevoir une politique de coopération (et d’aide au retour) avec les pays dont sont originaires un certain nombre d’immigrés. Certes, il faut stopper la binationalité et les naturalisations automatiques (droit du sol). Mais, après une telle politique volontariste nécessaire, il restera encore quelques millions d’immigrés chez nous, d’autant plus que beaucoup d’entre eux sont naturalisés français. N’oublions pas que l’islam est la deuxième religion de France. Il ne sert à rien de se cacher derrière son petit doigt et d’utiliser des arguments d’autorité en faisant abstraction de la sociologie française. Il faut conjuguer la volonté politique avec la prise en compte de la sociologie. Tenir les deux bouts de la chaîne demeure un indispensable.

L’assimilation est préconisée par les nationaux républicains qui se prononcent en faveur d’une politique du retour des immigrés chez eux (mais ont-ils encore un « chez-eux »). Il s’agit d’arracher les immigrés à leur communauté naturelle d’appartenance. Ce modèle paraît pourtant désuet et inopérant. Assimilation, mais à quoi ? À la France éternelle, mais qu’est-ce, concrètement ? À la patrie républicaine et laïque qui ne fait plus sens ? À l’Hexagone marchand du rap, du tag et du McDonald’s ? À la nation anomique black-blanc-beur de l’équipe de France de football ? On voit bien que ces référents sont obsolètes ou négatifs pour notre pays comme pour les immigrés eux-mêmes.

Reste la voie de l’intégration communautaire exigeante. L’islam populaire traditionnel peut répondre à ce souci de conserver l’identité d’origine des immigrés tout en les impliquant dans la cité. La religion, la morale, la famille peuvent être des cadres régulateurs de leurs possibles déviances et violences. Plus le taux communautaire est fort dans un quartier, plus la délinquance est faible. Le voile n’est pas un problème, mais peut-être la solution dans l’espace public. Au contraire, la burka doit être interdite car elle empêche tout dialogue, toute visibilité des autochtones avec les immigrés. Quant aux mosquées, elles valent mieux que des caves où s’agiteraient quelques terroristes. Elle doit également trouver un financement français et non saoudien, comme c’est le cas actuellement.

Dans son livre Situation de la France, Pierre Manent note pertinemment : « Les choses en étaient d’ores et déjà au point où nous devrions accepter que les musulmans qui le souhaiteraient, sans doute la majorité, aient la latitude de suivre leurs mœurs propres publiquement dès lors qu’ils respecteraient les lois générales de la République. » Et de conclure sans ambiguïtés : « Alors que les murs du monde arabo-musulman s’effondrent et que les musulmans semblent avoir de plus en plus de peine à produire une forme politique à partir d’eux-mêmes, ce serait leur retirer leur meilleure chance d’une vie civique que de les accueillir, ou plutôt de les abandonner dans une Europe sans forme ni bien commun. Il ne suffit pas pour réunir les hommes de déclarer ou même garantir leurs droits. Ils ont besoin d’une forme de vie commune. L’avenir de la nation de marque chrétienne est un enjeu qui nous rassemble tous. »

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