Editoriaux - International - 15 août 2018

République démocratique du Congo : le dessous des cartes

Les élections présidentielles en République démocratique du Congo se profilent à l’horizon, précisément prévues en décembre 2018. Contre toute attente, et malgré une condamnation en première instance à 18 ans de prison en 2016 et des charges de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, un des farouches adversaires du président Kabila, Jean-Pierre Bemba, a été acquitté par la Cour pénale internationale (CPI).

Le contexte d’une telle libération marqué par les réticences manifestées par M. Kabila quant au respect de la Constitution et de l’accord de la Saint-Sylvestre de décembre 2016 lui interdisant de briguer un troisième mandat, la défiance de ce dernier face aux exigences démocratiques occidentales et la faiblesse de l’opposition congolaise incapable, à première vue, de bousculer l’actuel chef d’État congolais amènent à évoquer la possibilité d’un deal sur le dos des Congolais. La CPI aurait-elle été utilisée par des pays occidentaux qui, sentant leur intérêts menacés, décideraient de remettre en selle un Bemba, populaire, réputé audacieux, candidat malheureux à la présidence congolaise, foudre de guerre, dont la capacité de nuisance n’est plus à démontrer ?

Cette posture était attendue. La République démocratique du Congo (RDC) est un pays étendu qui fait 80 fois la Belgique et 4 fois la France, avec un sous-sol très riche (6 % des réserves tropicales mondiales !) et favorablement situé au plan géostratégique. Au plan symbolique, le pays rassemble le plus grand nombre de francophones à l’échelle mondiale.

Les récentes sorties du président Kabila teintées de menaces à peine voilées de rupture avec les pays occidentaux et d’ouverture en direction de pays comme la Russie constituaient une défiance insupportable pour l’Occident. Le projet d’accord de coopération militaire et technique avec la Russie qui dormait dans les tiroirs depuis près de vingt ans a été adopté. De son côté, la France, en tentant par tous les moyens de normaliser ses relations avec le Rwanda, cherche-t-elle à organiser un front Rwanda-Angola susceptible de chasser Kabila du pouvoir ?

La nouvelle stratégie occidentale présente plusieurs risques. Premièrement, elle comporte, avec l’entrée en lice de Bemba, les germes d’une instabilité chronique avec des risques de conflits armés et d’embrasement d’une Afrique centrale en proie à de sérieuses difficultés économiques liées à un niveau insatisfaisant des cours du pétrole. Elle rappelle, à cet effet, le scénario ivoirien avec un Ouattara poussé à la résistance dans le mythique hôtel du Golf. Deuxièmement, il n’est pas exclu qu’à l’instar de Laurent Gbagbo, Kabila soit déféré à la CPI pour des poux qu’on ne manquera pas de trouver sur sa tête rasée, exacerbant ainsi le sentiment de millions d’Africains convaincus que la CPI est un « machin » qui fait du « deux poids deux mesures » avec, comme seul objectif, de défendre les intérêts des puissances étrangères.

En désignant un dauphin constitutionnel, Kabila, conscient des rapports de force qui lui sont défavorables, vise à calmer le jeu sans conviction. Au mieux, sa stratégie pourrait s’inscrire dans la jurisprudence PMP (Poutine, Medvedev, Poutine) ouvrant les portes d’une alternance bicéphale à la tête du Congo. Au pire, il rechercherait à gagner du temps, avec la perspective de reporter les élections par le truchement de mécanismes institutionnels.

L’Union africaine devrait ouvrir un débat sur l’opportunité du maintien de ses membres au niveau de la CPI. Elle doit aussi réfléchir sur la stratégie à développer face à deux mastodontes du continent, à savoir le Nigeria en Afrique de l’Ouest et la RDC en Afrique centrale, qui pourraient constituer des locomotives mais que l’ordre mondial n’a jamais laissé tranquilles pour penser leurs problèmes et jouer leurs rôles structurants dans le développement économique et l’intégration de l’Afrique.

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