Statut de la Catalogne - Espagne

La République bananière de Catalogne proclame et ne proclame pas l’indépendance

Écrivain et journaliste espagnol
El Manifiesto
 

Quelle bouffonnade, quelle farce, quel ridicule ! La République indépendante de Catalogne, solennellement proclamée ce mardi 10 octobre, n’aura duré que… huit secondes, le temps pendant lequel les députés séditieux se sont levés, ont applaudi… et le président du putsch a poursuivi son discours en demandant que les effets de la proclamation qu’il venait de faire soient suspendus afin d’entamer « un dialogue » avec le gouvernement espagnol.

Et comme si les choses n’étaient pas suffisamment entortillées, deux heures plus tard, lorsque la séance parlementaire était déjà terminée, l’ensemble des députés sécessionnistes ont signé un document (sans nulle valeur juridique, d’ailleurs) où la suspension précédente a été à son tour suspendue et l’indépendance (re)proclamée, en même temps que la nature du « dialogue » était cette fois-ci clairement précisée. La main généreusement-tendue-en-vue-du-dialogue renfermait dans son poing la volonté de négocier purement et exclusivement… les conditions de la reddition de l’Espagne – ce que tout le monde avait, bien sûr, parfaitement compris, sauf les journaux étrangers qui sont tombés dans le panneau (c’était l’un des buts de la manœuvre) en titrant sur « l’offre de dialogue de la Catalogne ».

Cela étant, le gouvernement Rajoy s’est enfin décidé à entamer la procédure de suspension de l’autonomie catalane, en appliquant l’article 155 de la Constitution. Celui-ci prévoit d’envoyer, tout d’abord une mise en demeure aux autorités concernées pour qu’elles mettent fin à la sécession et retournent dans le giron de la loi. Ce qui a été fait en demandant au gouvernement séditieux d’expliquer tout d’abord s’il avait déclaré… ou non l’indépendance ! C’est encore un atermoiement, un nouveau flottement d’un gouvernement incapable, dans des moments d’une gravité extrême, de prendre son courage à deux mains et d’adopter sans plus de dilation les mesures qui s’imposent.

Mais que les tracasseries juridiques soient longues ou courtes, la procédure a déjà été entamée. Face à elle et face, surtout, à la fuite de presque toutes les grosses entreprises établies en Catalogne (même Messi, le fameux joueur de foot argentin du Barça, a déclaré qu’il quitterait celui-ci si l’indépendance était proclamée pour de bon, ce qui entraînerait que le Barça soit exclu de la compétition espagnole !), face aussi à l’absence absolue de soutiens internationaux, les sécessionnistes catalans vont-ils obtempérer ?

Certainement pas. D’autant moins que s’ils le faisaient, ils devraient faire face aux hordes qui, hier soir, étaient déjà massées en grand nombre devant les portes du Parlement où l’indépendance était proclamée (grands cris de joie !) et ne l’était pas (grands flots de larmes !). Leur rage –
les cris de « Puigdemont, trahison ! » ont tout de suite jailli dans la foule – a pu cette fois-ci être contenue par les meneurs. Mais ce ne sera évidemment pas toujours le cas…

Alors, si les séditieux n’obtempèrent pas à ce véritable ultimatum venu de Madrid, et si la grande envie qu’a Rajoy de trouver un quelconque accommodement ne parvient pas se réaliser, que va-t-il se passer ? Alors ce sera l’affrontement, bien sûr. Et ce ne seront pas des bananes de cette bizarre république bananière, ce sera quelque chose de bien plus consistant qui jaillira des fusils des Mossos d’Esquadra de la Generalitat.

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