Editoriaux - People - Politique - 5 octobre 2018

Rendons hommage à Charles Aznavour, loin des récupérations politiciennes

Ils sont venus, ils sont tous là, pour rendre un hommage national à Charles Aznavour. Des célébrités de la chanson et du cinéma, comme Mireille Mathieu, Dany Boon, Enrico Macias, Eddy Mitchell, Jean-Paul Belmondo, Robert Hossein… Des personnalités politiques : Nicolas Sarkozy, accompagné de Carla Bruni, François Hollande, sans Julie Gayet, Anne Hidalgo, l’inévitable Jack Lang… Sans oublier, bien sûr, le président de la République, le Premier ministre arménien et quelques membres du gouvernement, comme Marlène Schiappa et Françoise Nyssen.

La tradition veut que les personnalités défuntes soient parées de toutes les qualités. Emmanuel Macron ne s’en est pas privé, dans son discours, trop long comme d’habitude, solennel et lyrique, rempli de lieux communs savamment organisés par sa « plume » normalienne. « Au fil des années, cette présence, cette voix, cette intonation reconnaissable entre toutes s’est installée dans nos vies, quelle que soit notre condition, quel que soit notre âge », a déclaré le Président, terminant son panégyrique par l’affirmation, peu originale, qu’« en France, les poètes ne meurent jamais ». Admettons que ce soit l’usage en de telles circonstances.

Mais il n’a pu s’empêcher d’y glisser un message politique, au point qu’on peut se demander si son hommage était sincère ou s’il voulait instrumentaliser la carrière de Charles Aznavour pour célébrer sa propre gloire. Il a ainsi souligné que le chanteur « savait, dans sa chair, que la France véritable est celle qui accueille, qui ne se racornit pas dans la peur obsidionale » (il en a, du vocabulaire!) « mais continue de vivre dans l’hospitalité ». Il aurait pu se passer de cette récupération politique d’un artiste qui ne lui appartient pas. Surtout que l’exemple d’un homme bien intégré, qui aimait la France et la langue française, n’a rien à voir avec les problèmes posés aujourd’hui par l’immigration.

Après avoir rappelé que « ce fils d’immigrés, qui ne fit pas d’études, comprit qu’en France […] la langue française est un sanctuaire plus sacré que tout », il a cru bon d’ajouter que cet artiste s’est « ouvert aux musiques nouvelles » et qu’il « écrivit jusqu’au bout pour les jeunes interprètes ». Il n’est pourtant pas certain qu’il ait partagé les goûts de notre Président, exhibés sur le perron de l’Élysée, à la fête de la Musique. Il a évoqué son voyage en Arménie pour le sommet de la Francophonie, où Charles Aznavour devait l’accompagner. Il n’a pas mentionné, en revanche, qu’il y soutiendrait la candidature contestable de Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères du Rwanda, à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie.

La famille de Charles Aznavour était opposée à un hommage national – c’est tout à son honneur – mais a cédé sous la pression de l’Élysée. Il sera inhumé, samedi 6 octobre, dans la plus stricte intimité, là où reposent ses parents et son fils, mort à 25 ans. Le meilleur hommage qu’on puisse lui rendre, c’est de saluer l’artiste qui nous a conduits au bout de la terre, au pays des merveilles, en écoutant de temps en temps les chansons de son répertoire que l’on aime. Loin des récupérations médiatiques et politiciennes !

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