Editoriaux - International - 25 septembre 2018

Rencontre Trump et Macron : tout change pour que rien ne change…

Après peu de hauts et beaucoup de bas en matière diplomatique, Emmanuel Macron et Donald Trump se sont rencontrés en marge de la 73e Assemblée générale de l’ONU.

On notera que les deux hommes sont devenus présidents en déjouant tous les pronostics : Trump bousculant ses propres élites, Macron servant de planche de salut aux siennes. Donald est le populiste de l’Amérique d’en bas (*) ; Emmanuel, celui de la France d’en haut. L’hôte de la Maison-Blanche a tout le « Système » ligué contre lui. Au contraire de celui de l’Élysée, pour qui roule l’équivalent local du même « Système ».

Pour autant, malgré ces deux personnalités hors du commun, les grands équilibres géopolitiques ancestraux demeurent. Les USA ne connaissent pas d’alliés mais que des vassaux ; tandis qu’en France, depuis au moins La Fayette, persiste l’utopie d’une amitié franco-américaine défiant toute forme de réalités géographiques, politiques et historiques. Le général de Gaulle avait vu le piège ; ses successeurs un peu moins.

Même faisant croire qu’il renouait avec la tradition gaullo-mitterrandienne du Quai d’Orsay, Emmanuel Macron n’a pas su entrevoir cet autre piège consistant à croire qu’à la faveur du Brexit anglais et du passager déclin allemand, la France avait une carte à jouer et pouvait encore bouleverser les équilibres ancestraux tout en renouant avec le leadership européen de jadis. Le diagnostic n’était pourtant pas idiot et la carte valait d’être jouée. Mais pour aller au bout de cette logique, encore fallait-il aller jusqu’à renverser la table et changer de paradigme. Ce qui ne fut pas fait, loin s’en faut.

Car ces grands équilibres, eux, sont plus têtus que ces présidents réunis, lesquels n’ont pas anticipé le fait que, chacun à leur manière, ils demeuraient prisonniers de forces les dépassant de loin. Celles qui veulent chasser Trump du pouvoir et les autres, qui entendent y maintenir Macron. Pour tout arranger, ils sont tous deux fragilisés. Le premier par une chasse à l’homme médiatique sans précédent. Le second par la perte progressive de ses soutiens historiques – Gérard Collomb, pour ne citer que lui, n’hésite pas à confier à la presse que le Président est si « seul » que « nous ne sommes pas nombreux à encore pouvoir lui parler ».

Dans la foulée, et ce, au-delà des effets de manche, rien ne change pour l’administration américaine. Les relations économiques que l’Europe en général et la France en particulier s’apprêtaient à renouer avec l’Iran ? Ce sera « non », le monde des affaires internationales étant indéfectiblement lié à la suprématie américaine et les transactions en dollars faisant force de loi planétaire.

Dans la droite continuité de ce réalisme teinté de cynisme, ce sera « oui » en Syrie, là où le champ a été bon gré mal gré laissé libre à la Russie et l’Iran. Emmanuel Macron, qui n’est pas François Hollande, et sait malgré tout comment tout cela fonctionne, tente globalement de faire dire la même chose par Jean-Yves Le Drian, son ministre des Affaires étrangères, en visite parallèle à New York, à rebours des visées humanitaristes du précédent gouvernement.

À défaut de savoir faire, Emmanuel Macron tente-t-il au moins de « faire avoir ». Ce qui ne trompe d’ailleurs plus grand monde, même chez ses soutiens de la première heure, les plus fervents, généralement.

Il n’y avait pas grand-chose à attendre de cette rencontre. Pour une fois, les attentes n’auront pas été déçues.

(*) Avec ce gros bémol, toutefois, à en lire notre confrère Arnaud Guyot-Jeannin

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