Editoriaux - 11 octobre 2018

Remaniement : et si le grand Édouard n’y arrivait pas ?

« Le gouvernement ne sera pas formé vendredi, au retour du Président d’Arménie », a dit Édouard.

Trouver un remplaçant à Hulot a semblé facile, avec un Francois de Rugy plutôt conciliant, qui a laissé un poste en or à son ami Ferrand et pris ses fonctions de ministre de l’Écologie sans murmurer.

Mais là… Ce ne devrait pas être la mer à boire, pourtant. Du Quai d’Orsay à la Place Beauvau, il y a juste la Seine à traverser. Du reste, le ministre de l’Écologie pourrait faire aussi ministre de l’Intérieur puisque, d’après Macron, « il est impossible de ne pas faire le lien » entre terrorisme et réchauffement climatique.

Mais le problème, c’est Salvini. C’est le cauchemar de Macron. Voir ce barbu rigolard décorer les tables de négociation du G6 ou du Conseil des ministres européens, ça le rend malade.

Alors, il faut qu’il trouve son antithèse. Ce pauvre Collomb n’a pas su. Il a cumulé un air chiffe molle qui irritait la droite et une dureté avec les immigrés qui irritait la gauche. Il y aurait bien eu l’autre Manu, Valls, qui, lui, avait compris qu’il ne fallait cogner que sur la France « bien élevée », mais il est sur le départ… Benalla aurait plu a tout le monde. Coup de poing contre les Black Blocs et tout doux avec ses frères muzz… Mais il s’est grillé, c’est mort.

Et s’il n’y arrivait pas, si ça durait ?

Il y a des précédents, sous la IIIe République, par exemple.

Gambetta, le chouchou des estrades où il faisait des discours brûlants qui enflammaient les foules, n’arriva jamais à constituer son gouvernement. La combinaison laborieusement négociée entre les divers groupes de l’Assemblée s’écroulait à chaque fois. Les bruits les plus fous couraient sur le tribun borgne. Il avait de la vaisselle en or, se baignait dans une baignoire en argent… « J’en mourrai », écrit-il à Léonie. Excessif, comme tout bon Méridional ? Pas tant que ça. Il en mourra, en effet, lui, le chéri des Français, déclaré infréquentable par la classe politique .

Aujourd’hui, celui sur lequel court la rumeur, c’est plutôt le vrai détenteur du pouvoir dans la Ve, le Président. « Manu, mon roi, mon chéri », comme lui a écrit l’insolent Michel Onfray, défraye la chronique par ses goûts exotiques et canailles.

Mais si même les plus ambitieux hésitent à accepter un maroquin, c’est sans doute plutôt parce que Nicolas Hulot et Gérard Collomb sont partis. Deux costauds, pourtant, et au bout d’un an seulement. Du coup, ils craignent de ne pas tenir longtemps eux-mêmes et ne veulent pas lâcher la proie pour l’ombre.

Il ne faut pas dramatiser. Même si, au pire, le grand Édouard, lassé de longs jours de négociations avortées, finissait par proposer sa démission au Président qui l’acceptait… En Belgique, cette situation a duré des mois. Et les Belges ne se sont pas plaints. Peut-être parce que, du coup, on a cessé un moment de les « emmerder » ?

Alors, il n’est pas impossible que not’ Président, du creux de la vague de popularité où il se trouve, se dise qu’une vacance prolongée de quelques ministres, voire du gouvernement tout entier, ça ferait remonter sa cote, qui sait ?

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