Discours - Economie - Editoriaux - Politique - 25 mars 2018

Régulation financière : les vœux pieux d’Emmanuel Macron ?

Depuis Bruxelles, lors d’un discours visant à promouvoir des investissements qui seraient écolo-compatibles, le Président tweete : « Nous nous sommes endormis et avons peu régulé ceux qui ont conduit à la crise de 2008. Prenons en compte les mécanismes de soutenabilité dans la régulation. #SustainableFinanceEU. »

Il ne faut pas désespérer de la parole politique, elle peut, parfois, être vraie. Oui, la régulation de la finance depuis 2008 est très insuffisante. Sous le mandat de Nicolas Sarkozy, une formidable occasion a été manquée : c’était une faute de ne pas exiger, en échange des garanties régaliennes nécessaires à la survie des établissements bancaires, un réalignement stratégique vers une finance « sage » en imposant une gouvernance stricte. L’ennemi de la finance avait, en 2012, un boulevard pour rectifier le tir. Il s’est contenté d’une loi Moscovici étriquée et purement cosmétique, rédigée par et pour des banquiers, votée sans étude d’impact. Le « nous » d’Emmanuel Macron désigne-t-il une culpabilité collective de la nation dans son ensemble ou vise-t-il ceux qui auraient pu et dû agir et ne l’on pas fait. La connivence entre les inspecteurs des finances qui ont déjà pantouflé dans ces banques et ceux qui y seront un jour appelés est peut-être l’explication principale de ces occasions manquées.

La seconde phrase du tweet est plus absconse. La soutenabilité est un barbarisme qui décalque l’anglais « sustainable », employé au lieu de durable, mais passons. Qu’est-ce qu’une finance qui serait durable ? Est-ce une finance qui éviterait les krachs ? Est-ce par la seule régulation que l’on pérennise cette finance ? Peut-on concilier orientation écologique de l’investissement et régulation plus efficace ? Toutes ces questions méritent d’être posées et débattues. Eh oui, il est urgent de lancer et financer la transition écologique.

Ne rêvons pas : les crises viendront par la suite d’éclatement de bulles. Le mimétisme conduit toujours de trop nombreuses personnes à croire que les arbres montent jusqu’au ciel. Les sinistres d’extrême gravité, les fameux cygnes noirs 1 , sont plus fréquents dans la vraie vie que dans les modèles mathématiques en vigueur pour nous protéger de ces désastres. La collectivité financera le coût de ces sinistres en ponctionnant les contribuables. Gaël Giraud a mis en évidence, dans Illusion financière 2, une dangereuse dépendance entre l’État et les banques. Les finances publiques exsangues sont garantes de banques hypertrophiées qui ont trop prêté pour alimenter des bulles. Funestes perspectives pour les contribuables.

Le discours présidentiel nie les actuelles carences de régulation de la finance officielle, et formule quelques vœux (pieux ?) pour une très nécessaire transition écologique. Et en même temps, si l’on examine son CV, il est en responsabilité depuis presque six ans. Que ne s’est-il emparé du sujet auparavant ?

La feuille de route est simple et connue des gens de bon sens : mette fin à l’utilisation de la dette des banques de dépôts dans les circuits spéculatifs en imposant une vraie séparation entre banque de dépôt et banque d’investissement, bref un Glass-Steagall Act 3. Il faut aussi museler le « shadow banking » 4, cette finance opaque qui s’affranchit des régulations imposées aux banques. L’ex de Rothschild est-il capable de trahir ses anciens amis ? Nous savons qu’il a déjà trahi. Le fera-t-il ? Nous attendons les actes.

Notes:

  1. La finance repose sur une distribution statistique du risque suivant une courbe de Gauss. Nassim Nicholas Taleb démontre que les extrêmes de cette courbe sont plus importants dans la vraie vie que dans les modèles mathématiques. Il en résulte une probabilité de sinistre/défaut plus importante que celle qui est anticipée par la loi mathématique qui est utilisée en finance par les banquiers et les assureurs. The Black Swan : The Impact of the Highly Improbable, par Nassim Nicholas Taleb, © Random House, 2007
  2. Illusion financière, Gaël Giraud, Éditions de l’Atelier, 2012
  3. Loi de 1933 ayant interdit, au sein des banques américaines, la coexistence d’activités spéculatives avec celles de collecte et de prêt aux secteur privé. Abrogée en 1999.
  4. Ensemble de la finance échappant aux banques et à la régulation qui leur est imposée.

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