Editoriaux - 19 septembre 2018

Réforme des droits de succession : Emmanuel Macron ne veut plus « emmerder les retraités » !

M. Castaner, délégué du parti présidentiel LREM et ministre chargé des Relations avec le Parlement, a évoqué, samedi 15 septembre, une réforme des droits de succession ; en fait, un alourdissement de ceux-ci. Il s’agissait, paraît-il, de libérer les énergies et de privilégier le travail plutôt que la rente, selon le bla-bla exaspérant qu’emploie le pouvoir pour justifier sa politique de spoliation : non seulement les Français doivent cracher au bassinet mais, en outre, ils sont sommés d’applaudir car leur gouvernement serait un modèle de justice et d’équité. Révoltant !

Cette réforme était absurde. La France est le pays de l’Union européenne où l’on taxe le plus les successions. Dans quinze pays sur vingt-huit, les héritiers ne payent rien. Notre taux de prélèvement le plus élevé (45 % sur les tranches d’héritage au-dessus de 1.825.000 €) n’est dépassé, dans le monde, que par ceux de la Corée du Sud et du Japon.

M. Macron aurait été, si on en croit les médias, courroucé par la proposition de son ministre. Il aurait dit (je cite) « Arrêtez d’emmerder les retraités » dans un style très pompidolien et affirmé que rien ne changerait pendant son quinquennat. Sans doute a-t-il pris conscience que ce nouveau coup de massue qui aurait frappé nos seniors, venant après les spoliations dues à la hausse de la CSG et la non-revalorisation des retraites, aurait fait descendre les intentions de vote pour LREM dans des abysses insondables – au moins pour cette catégorie sociale.

Que retenir de ce nouveau cafouillage au sommet de l’État ? Je vous propose plusieurs explications. La première : MM. Castaner et Macron se sont mis d’accord et jouent une pièce de théâtre où ils se sont réparti les rôles, le ministre étant le « mauvais flic », le Président le « bon », celui qui protège la population. En écartant une réforme qu’on n’a jamais songé sérieusement à appliquer, on boosterait ainsi, sans que cela ne coûte rien, la popularité du chef de l’État. Je n’y crois pas trop, car les dégâts entre l’annonce et le démenti ont été considérables et ne seront pas éliminés par une pichenette.

Autre variante : M. Castaner a, sur ordre du pouvoir, lancé un ballon d’essai. S’il n’avait entraîné que peu de réactions, on aurait mis en place la réforme, mais comme la proposition du ministre a provoqué un tsunami de protestations, le pouvoir fait machine arrière en désavouant le lampiste. Cette explication me semble la bonne, d’autant plus que M. Castaner ne renonce pas entièrement à son idée. Il parle d’aménager ce qui existe et va lancer, malgré tout, un groupe de réflexions, quitte à ce qu’aucune des propositions émises par le parti présidentiel ne soit retenue. Cela permettra de donner à moindres frais une aura de gauche à LREM, en serinant cyniquement : « Je suis contre les riches ; je voulais réformer les héritages, mais les méchants réactionnaires m’en ont empêché. »

Enfin, il existe une dernière explication qui peut coexister avec les précédentes : M. Macron est tellement discrédité que les « rats » quittent le navire avant le naufrage final. Les ministres sentent que le vainqueur de la présidentielle truquée de 2017 n’a aucune chance d’être réélu en 2022 et essayent d’exister par eux-mêmes pour redevenir députés aux prochaines législatives selon le principe « Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ! » Ce type de raisonnement est sans doute prématuré en 2018, même s’il risque d’être la norme entre 2020 et 2022. L’agonie de ce régime qui, à force de vouloir être ni de gauche ni de droite, n’a plus aucune assise populaire sera probablement atroce, pire que celle de M. Hollande.

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