Référendum en Turquie - Turquie

Référendum en Turquie : pourquoi tant de dédain ?

Journaliste, écrivain
 

Étranges journalistes que les nôtres. A priori français et votant en France, mais se voulant arbitres des élégances démocratiques dans ces scrutins du lointain, qu’ils soient américains, anglais, vénézuéliens, hollandais, autrichiens, russes et autres ?

Ce week-end dernier, on votait donc en Turquie. Vu et lu d’ici, le seul choix consistait donc entre l’ombre et la lumière, l’obscurantisme islamique et la boule à facettes disco-démocratique. Fortuitement, les Turcs en ont décidé autrement, ignorant sermons et injonctions venant de pays étant tout, hormis turcs. Bref, le référendum organisé par le président Erdoğan a donné une courte majorité à ce dernier.

Dans les médias occidentaux, le « néo-sultan » exigeait donc les pleins pouvoirs lui permettant ensuite d’exercer un « pouvoir absolu ». Après les « bouchers » de Bagdad et de Damas, le charcutier d’Ankara, découpant le corps « démocratique » tranche par tranche, à la manière du « voleur chinois » ? Toujours vu d’ici, il y avait de ça, oubliant seulement que ce référendum n’est aujourd’hui que banale réplique, finalement plus sismique que politique, que celle qui, en nos contrées, nous a fait passer de la IVe à la Ve République. Soit un régime présidentiel qui, en historique territoire européen, n’a guère que le Portugal, nation pourtant des plus paisibles, pour équivalent.

Pas de chance, le peuple a tranché. Pas à la sauvage, le résultat étant des plus serrés, nonobstant les inévitables références aux tricheries électorales parfois de circonstance. Pis : le peuple a décidé de manière finalement assez européenne, voire française : les grandes métropoles, occidentalisées et en voie de mondialisation, ont voté contre « l’autocratie » gaullo-erdoganienne, alors que la Turquie des « invisibles », celle qui ne tient pas galeries d’art contemporain et bars à chicha sur la bonne rive du Bosphore, a voté contre. Après la France des invisibles chère au démographe Christophe Guilluy et Marine Le Pen, la Turquie des oubliés ? Il y a de ça.

On rappellera encore que, dans les médias dominants, la presse turque serait moins libre en Turquie que la presse française en France. Là, il doit s’agir d’une plaisanterie d’après-boire…

Bien sûr que la presse antigouvernementale connaît là-bas quelques problèmes : ses journaux et chaînes de télévision y seraient moins bien traités que ceux présentant une échine plus souple vis-à-vis du pouvoir en place ? Et en France ? En France, pour que les médias d’opposition soient maltraités, encore faudrait-il qu’ils existent ou ne soient pas maintenus, dans un état de quasi-dépendance financière, par ces groupes industriels et financiers faisant pluie et beau temps dans nos médias dominants et roulant, avec un unanimisme n’ayant que d’égale une maladresse parfois touchante, pour ce candidat parti en marche pour les intérêts de ses sponsors.

Au fait, il paraît que la Turquie renoncerait à vouloir rejoindre l’Europe. Que le Dracula ottoman préparerait même un nouveau référendum sur la question, en attendant celui qui devrait demander à son peuple si, oui ou non, il faudrait rétablir la peine de mort en ses contrées, tel que cela se pratique chez notre meilleur ami américain.

Demander son avis au peuple ? Ce n’est évidemment pas en nos terres de libéralisme avancé que pareil scandale pourrait subvenir. Il est un fait que les vrais démocrates, c’est un peu nous et, surtout, jusqu’à preuve du contraire, rien que nous.

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