Editoriaux - Médias - Société - 15 octobre 2018

Rédoine Faïd, Adama Traoré et les autres : lorsque les médias fabriquent des mythes

On reproche souvent aux médias de mettre tout sur le même plan, de ne pas savoir distinguer l’essentiel et l’accessoire, le grave et le futile.

Il me semble qu’on peut leur imputer une dérive qui est presque plus dangereuse : faciliter la médiatisation de qui ne la mérite pas, donner du prix à des comportements qui ont été criminels, à des attitudes purement partisanes.

L’information ne saurait tout recouvrir : elle a le droit d’être sélective, intelligente et morale.

Pour parler de Rédoine Faïd, celui-ci a été condamné à Paris, en appel, le 14 avril 2018, à vingt-cinq années de réclusion criminelle à la suite d’un braquage raté, commis avec d’autres malfaiteurs, ayant entraîné la mort de la policière municipale Aurélie Fouquet.

Une médiatisation forcenée a accompagné son interpellation, le premier procès à Douai, le second à Paris, la publication d’un livre, son évasion le 1er juillet 2018 de la prison de Réau, puis son arrestation le 4 octobre 2018, ainsi que celle de son frère et de deux neveux.

Il a fallu, ensuite, encore nous annoncer qu’il avait commencé une grève de la faim, puis qu’il l’avait interrompue !

Croit-on vraiment qu’il est digne de nous raconter dans le détail tout ce qui concerne ce triste personnage qui ne doit sa notoriété qu’à la pauvreté d’un milieu criminel dénué de « figures » et au manque de discernement d’un certain nombre de journalistes ? Était-il fondamental, pour la démocratie, de ne nous priver d’aucun détail sur l’existence de Rédoine Faïd, en pleine méconnaissance de ce qu’on allait ajouter à son narcissisme et à la fierté délétère de ses soutiens ?

Aucune leçon politique à tirer de l’ensemble de ces péripéties mais le désir mécanique de fabriquer artificiellement une mythologie autour d’un criminel et, donc, autour de ses crimes. Les esprits faibles voyant tant de lumière projetée sur lui peuvent-ils penser à autre chose qu’à une sorte d’aura transgressive, de sombre fascination ?

Le critère est simple qui conduirait à s’interroger sur ce qui, médiatiquement, a débordé le strict nécessaire : les compte rendus judiciaires, l’évasion et sa fin. Imaginons que nous n’ayons eu que cela : la France n’aurait pas été orpheline. Au contraire. Purifiée.

Adama Traoré, lui, est mort le 19 juillet 2016 à la gendarmerie de Persan à la suite de son interpellation à Beaumont-sur-Oise. Malgré la présomption de culpabilité qui a, sans cesse, pesé sur les gendarmes, la médiatisation exagérée octroyée à la famille Traoré, et notamment à la sœur d’Adama, Assa, éducatrice à Sarcelles et mère de trois enfants, on est tout de même parvenu à une indiscutable vérité qui offre le grand tort, pour les fanatiques et les extrémistes, d’exonérer totalement les trois gendarmes.

Dans l’expertise médicale de synthèse réalisée en septembre 2018, les médecins estiment que « le jeune homme, porteur d’un gène de la drépanocytose, est mort des conséquences de l’effort physique qu’il a prodigué durant sa fuite » pour échapper à son interpellation.

On continue, pourtant, à rendre compte des manifestations qui continuent, sans attacher la moindre importance aux conclusions judiciaires. On avait pourtant réclamé la Justice, mais on ne la veut qu’aux ordres de la famille Traoré. Celle-ci proclame qu’il y a un « mensonge d’État », comme si un complot avait, d’emblée, décidé qu’il convenait de faire mourir Adama de mort naturelle.

La souffrance de la famille d’Adama Traoré est évidemment réelle et compréhensible mais exploitée, guère freinée par tel ou tel avocat, et dénaturée en un combat politique aujourd’hui sans cause. Les proches ont pourtant, aujourd’hui, la vérité et la Justice. Ils refusent la première et crachent sur la seconde. Diffusant, au-delà de toute information, la douleur égarée d’une famille, les médias, qui connaissent pourtant dorénavant la vérité, la tiennent pour rien puisqu’ils persistent à célébrer ceux qui la récusent.

Je ne suis pas étonné – mais en même temps déçu – qu’Olivier Besancenot participe de cette protestation collective dont le seul but est de préjuger une culpabilité des trois gendarmes alors qu’ils ne sont pour rien dans la mort d’Adama Traoré (BFM TV).

Je suis heureux de n’avoir pas une ligne à changer à mon billet pourtant écrit en juillet 2016 : « Affaire Traoré : la gendarmerie forcément coupable ! »

Il y a Rédoine Faïd, il y a la mort d’Adama Traoré. Il y a, aussi, tant d’autres affaires où les médias ont posé un regard trop complaisant sur les criminels coupables, condamnés, incarcérés, évadés… et aussi sur les comités de soutien divers et variés naissant dans l’ignorance et se maintenant par entêtement.

Trop d’intérêt sans justification !

Oui, vraiment, du gaspillage médiatique.

Extrait de : Justice au Singulier
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