Editoriaux - Education - International - Livres - Table - 5 février 2018

Un rapport pour sauver les maths

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Charles Torossian, inspecteur général de mathématiques, et Cédric Villani, titulaire de la médaille Fields (l’équivalent du prix Nobel) et par ailleurs député LREM, vont remettre cette semaine à M. Blanquer un rapport sur l’enseignement des maths, mais le JDD a révélé à l’avance leurs recommandations.

La situation actuelle est catastrophique : nous sommes derniers en maths en Europe au classement TIMSS (Trends in International Mathematics and Science Study) qui mesure les performances des écoliers de CM1, et la déroute s’accentue encore au lycée et au collège. Heureusement, l’enseignement post-bac très performant (surtout grâce aux écoles normales supérieures) permet à la France de partager, avec les États-Unis, la première place pour le nombre de médailles Fields et de prix Abel, les équivalents des prix Nobel.

En France, le général de Gaulle et ses ministres avaient voulu mettre l’accent sur les mathématiques, car celles-ci sont une des rares matières (peut-être même la seule) à ne pas être marquée socialement. Un enfant d’origine modeste a autant de chance de briller dans cette discipline qu’un enfant des beaux quartiers, alors qu’il a un handicap quasiment insurmontable à affronter en français, en langue vivante et en expression orale. La suprématie des maths a entraîné une violente réaction de rejet accentuée par les maladresses des concepteurs des programmes. Par exemple, la définition de la droite donnée en 4e dans les années 1980 était juste, mais incompréhensible. Même les agrégés de mathématiques ont du mal à l’appréhender ! Certes, les programmes ont été simplifiés à la fin des années 1980, mais trop tardivement. La réaction anti-maths l’a emporté et le niveau s’est effondré, même si nous restons l’un des pays qui consacre (en vain) le plus de temps à cette matière dans le primaire.

MM. Villani et Torossian proposent de faire passer de 25 à 400 heures le temps de formation aux mathématiques des futurs instituteurs. Cette mesure est sans doute – si elle est retenue – celle qui aura le plus d’impact, car actuellement, l’immense majorité des professeurs des écoles sont des littéraires. Néanmoins, créer, comme le suggèrent les rapporteurs, une licence spécifique aux futurs instituteurs risque de tarir le recrutement. Peut-être faudrait-il reporter la formation en mathématiques en master. En tout cas, ces 400 heures permettront de sensibiliser les enseignants aux nouvelles techniques : calcul mental, méthodes de Singapour, manipulations dès le CP des quatre opérations en restant sur de petits nombres, utilisation de bouliers ou de logiciels scolaires. Manipuler, verbaliser, expérimenter avant de penser en termes abstraits –
car l’abstraction est le but ultime – sera la nouvelle règle d’or et nous permettra de combler notre retard. On complétera ce dispositif par quelques mesures accessoires comme favoriser les clubs d’échecs, de bridge ou de maths. De même, on contrôlera les livres du secondaire afin de mettre en avant les meilleurs, ceux qui ne négligent pas les démonstrations, comme malheureusement trop le font.

En tout cas, cela fait plus de trente ans que l’on pousse devant nous cette bosse, non pas des maths, mais de l’enseignement des maths. Il est plus que temps de bosser concrètement sur le sujet…

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