Editoriaux - 9 septembre 2018

Rapport Sargentini sur la Hongrie : un gloubi-boulga en forme de réquisitoire contre Viktor Orbán

La semaine prochaine, le Parlement européen sera amené à se prononcer sur le rapport Sargentini, du nom de la rapporteure (puisque c’est ainsi qu’il faut l’écrire, selon les critères orthographiques sans doute inclusifs du Parlement européen) Judith Sargentini, europarlementaire néerlandaise. L’objectif : activer l’article 7 du traité sur l’Union européenne (TUE) pour suspendre le droit de vote de la Hongrie au sein des instances de l’Union.

Viktor Orbán viendra en personne défendre le point de vue hongrois. Par précaution, le Parlement européen n’accordera, toutefois, que sept minutes pour laisser le Premier ministre hongrois – réélu en avril pour la troisième fois consécutive avec une majorité constitutionnelle, rien que cela – s’exprimer devant les parlementaires européens.

Un commentaire exhaustif du fameux rapport Sargentini dépasserait le format autorisé de ces lieux. Au demeurant, le débat technique n’a un intérêt que secondaire, puisque la finalité est, bien évidemment, politique et a pour but d’opposer une critique libérale au projet illibéral exprimé à maintes reprises par Orbán.

On ne peut tout de même que recommander la lecture dudit rapport, qui permet de déceler quelques perles assez exquises.

On peut y dénoter, par exemple, plusieurs critiques à l’encontre du gouvernement sur l’indépendance de la Justice, mais aussi… sur des décisions rendues par ladite Justice (points 59 et 67). Faut-il, alors, que le gouvernement hongrois se mêle des affaires de la Justice, oui ou non ? Dans l’esprit des rédacteurs du rapport Sargentini, vraisemblablement oui, lorsqu’il est question d’acquitter des migrants ayant agressé les forces de l’ordre à la frontière.

On découvre, par ailleurs, qu’il est reproché au gouvernement hongrois que les nouveaux manuels scolaires dépeignent principalement les femmes comme des mères et des épouses (point 45). On les préfère sans doute esclaves du tertiaire dans un open space.

Bref, la société hongroise serait donc trop conservatrice (ce qui est, au demeurant, assez inexact). On apprend pourtant, au point 64 du rapport, qu’il est reproché aux autorités hongroises un manque de prudence en plaçant dans le même centre de migrants un migrant LGBT et d’autres migrants, « dont beaucoup venaient de pays où les préjugés culturels ou religieux à l’encontre de ces personnes étaient largement répandus ».

Diantre, des migrants auraient donc des préjugés culturels ou religieux contre les personnes LGBT ! Mais alors, que faire, est-ce bien raisonnable de faire venir de telles personnes dans une société déjà aussi réactionnaire et vénéneuse que la société hongroise ? Voilà un sacré dilemme.

Comment voteront les députés du groupe PPE, où siègent les élus du Fidesz d’Orbán mais aussi les eurodéputés LR ? Réponse à cette importante question mercredi après-midi.

Par ailleurs, soit dit en passant, Mme Sargentini ne parle pas le hongrois, ce qui, sans être rédhibitoire, n’aide pas franchement à l’étude de la situation en Hongrie. Elle a, en revanche, outre sa langue maternelle, une excellente maîtrise de la langue anglaise. Elle est membre, au Parlement européen, de la délégation pour les relations avec l’Afrique du Sud. Forte de ses connaissances linguistiques et de son expertise tatillonne en matière de droits de l’homme, on attend donc avec impatience ses condamnations indignées des velléités d’expropriations du gouvernement sud-africain sur des critères d’appartenance ethnique. À quand un rapport Sargentini sur l’Afrique du Sud ?

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