Editoriaux - Entretiens - Politique - 10 octobre 2018

Ramu de Bellescize : « Une forme de cohabitation pourrait rapidement apparaître »

Le remaniement ministériel d’abord annoncé mardi se fait attendre. Ramu de Bellescize explique, au micro de Boulevard Voltaire, les différentes causes de ce retard et n’écarte pas la possibilité d’un retour à la cohabitation, que le quinquennat devait éviter.

On sent l’Exécutif en panne d’idées avec ce remaniement qui dure depuis une dizaine de jours. Il aura finalement lieu vendredi soir. Y a-t-il un essoufflement du gouvernement de Macron qui est peut-être plus éloigné de la Ve République?

En panne d’idées, peut-être. Mais pour la présidence Macron et le gouvernement Philippe, on pourrait peut-être davantage parler de panne de personnes.
Il y a eu un engouement suivi d’une lune de miel, avec un Président qu’on appelait Jupiter. Et puis, il y a eu l’affaire Benalla, et tout cela s’est affaissé, voire effondré. L’enthousiasme est moins important maintenant.
Par ailleurs le texte de la constitution de la Ve république n’a pas changé fondamentalement, mais bien les conditions pour devenir ministre. Le moindre petit écart sur le plan de la fiscalité ou sur le plan de société, un petit conflit d’intérêts fait qu’un ministre peut tomber. Ils prennent donc le temps pour vérifier tout cela et essayer d’avoir des gens les plus purs possible.


La constitution aurait été pensée par et pour De Gaulle, et pour l’incarner il faut un chef qui soit au-dessus des partis. De ce point de vue là, on peut dire que Macron a déçu beaucoup de promesses.

Des promesses déçues, c’est certain. Mais il est aussi très fragile.
Des analyses ont été faites sur le parti En Marche. On se rend compte qu’il est très peu représentatif de la société française. C’est un parti urbain, très pro-européen, de cadres et cadres supérieurs surdiplômés. La société française, ce n’est pas cela. Ce parti est fragile ainsi que l’assise d’Emmanuel Macron. Cela pourrait expliquer aussi son essoufflement rapide. Pour le parti socialiste, le RPR, l’UMP et aujourd’hui Les Républicains, l’assise est plus vaste, donc l’assise est plus solide et l’ancrage sur le territoire plus important.
Sur la Ve République, l’homme Emmanuel Macron, et avant lui François Hollande, avait chacun leurs qualités et leurs défauts. Mais au-delà des hommes, les révisions de la constitution de la Ve République, et notamment le raccourcissement du mandat du président et des députés, font que la vie politique est beaucoup plus focalisée qu’elle ne l’était à l’origine, sur le chef de l’État. Nous avons une grande élection, l’élection présidentielle. Avant, nous en avions deux, les élections législatives et les élections présidentielles. Aussi contradictoire que cela puisse paraître, cette focalisation sur le chef de l’État a pu également aboutir à sa fragilisation.

Peut-on imaginer une crise constitutionnelle avant la fin du mandat d’Emmanuel Macron ?

Une crise constitutionnelle, je ne sais pas. En revanche, on avait dit que le quinquennat avait été fait pour éviter une cohabitation. Mais une forme de cohabitation pourrait très bien apparaître. Et beaucoup plus rapidement qu’on ne l’imaginait au départ.

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