Le radicalisé d’Évreux est un ancien militaire : le point sur cette question délicate


Docteur en droit – Commissaire divisionnaire honoraire

 

Un ancien soldat de l’armée de terre, suivi et fiché par la police judiciaire en raison de sa radicalisation, a été interpellé par les gendarmes vendredi dernier au petit matin. Il était recherché activement après avoir abandonné sa voiture, quelques heures plus tôt, à proximité de la base aérienne 105 d’Évreux. Dans son véhicule, plusieurs objets – dont un Coran et une clé USB contenant un message d’allégeance à Daech -, ont été retrouvés. Au cours de sa garde à vue, l’intéressé aurait déclaré qu’il s’apprêtait à passer à l’action, sans toutefois préciser quelles étaient ses cibles.

Cette affaire n’est pas sans reposer la question de la radicalisation au sein des forces armées françaises ainsi que celle, plus générale, de la portée réelle d’un phénomène qui toucherait les membres des institutions régaliennes de l’État (militaires, policiers, gendarmes, surveillants pénitentiaires, douaniers…).

Il faut reconnaître qu’il est extrêmement difficile d’aborder ce sujet, tant les données sont rares et protégées. Ainsi, les rapports qui ont pu être diffusés ne signalent que quelques dizaines de militaires ou de policiers radicalisés, sans cependant apporter plus de précisions. Quant à la catégorie des fonctionnaires prise dans sa globalité, des témoignages ont pu faire état de prosélytisme en faveur de l’État islamique de la part d’individus peu nombreux, sans que de véritables projets malveillants aient pu être ni démontrés, ni rapportés.

En ce qui concerne l’armée, le phénomène est particulièrement suivi. Les services internes de renseignement militaire des trois armes sont des plus attentifs à ce problème et, hormis une poignée de cas isolés et très ciblés de « passage à l’ennemi », le plus souvent constatés chez d’anciens militaires, le risque d’un élargissement de la menace paraît, pour le moment, exclu.

Pour ce qui relève des forces de l’ordre (police et gendarmerie), aucun cas avéré et suffisamment avancé de radicalisation ne semble avoir été recensé chez les seconds. Pour la police nationale, quelques cas de radicalisation ont été observés, en particulier chez d’anciens adjoints de sécurité. Cette catégorie de policiers, souvent issus des quartiers dits « difficiles », a en effet pu fournir des sujets qui, par leur attitude, leurs propos ou leur comportement « en » et « hors » service ont attiré l’attention de la hiérarchie et des services de contrôle.

D’une manière générale, nos services, qu’ils relèvent du ministère de la Défense ou de celui de l’Intérieur, n’ont pas, jusqu’à présent, eu à connaître de cas graves de radicalisation. Les modes de recrutement, ainsi que les structures hiérarchiques, ont permis de déceler les cas qui pouvaient poser problème, et les mesures administratives et/ou disciplinaires ont permis d’éviter ce que d’autres pays ont déjà connu.

Il est, bien entendu, évident que le risque demeure toujours d’un passage à l’action isolé et non détecté d’un militaire, d’un gendarme ou d’un policier, dans une caserne, un commissariat ou même sur la voie publique. C’est par la rigueur dans les recrutements, dans la formation et dans le contrôle réalisé par l’ensemble de la hiérarchie qu’un tel risque pourra être écarté. Mais cette rigueur doit également s’étendre à l’ensemble des services de l’État. Le noyautage des administrations et des services publics reste une stratégie possible pour l’État islamique, qui sait pouvoir compter sur des « combattants » implantés dans les différents pays auxquels il a déclaré une guerre totale.

Docteur en droit – Commissaire divisionnaire honoraire

POUR ALLER PLUS LOIN