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Quelque chose en nous de Victor Lanoux

Journaliste, écrivain
 

Hasards du calendrier, Victor Lanoux, éminent symbole d’une certaine France d’avant, vient de nous quitter au moment même où une autre France se profile à l’horizon.

Car Victor Lanoux, c’était ça aussi, cette France incarnée par les films d’un Claude Sautet. Spleen d’une bourgeoisie giscardo-pompidolienne en proie aux affres d’une crise dont la mondialisation n’était pas encore le nom. Victor Lanoux, lui, était plus souvent cantonné aux emplois d’ouvrier lourdaud et de gros lourd. Ancien parachutiste de la guerre d’Algérie – il l’avait été en vrai, parachutiste –, dans le fameux Dupont Lajoie d’Yves Boisset, par exemple, film brossant le portrait à charge d’une France elle aussi disparue.

En effet, on parlait alors de « travailleurs immigrés » et non point « d’immigrés » tout court, lesquels vivaient alors claquemurés dans des bidonvilles et autres cités d’urgence, ne quittant ces taudis que pour raser les murs. Le racisme ? Bien sûr qu’il y en avait – il y en a, d’ailleurs, toujours eu partout et de tout temps –, mais on n’en parlait pas. C’était la France de Guy Lux, de Raymond Poulidor et d’Aimable ; France aimable, dira-t-on ?

Victor Lanoux était enfant de la balle. Avec son compère et ami Pierre Richard, ils écumèrent les cabarets parisiens des années durant, ouvrant souvent pour un certain Georges Brassens. C’est en 1975 qu’il crève pour la première fois l’écran avec le Cousin, Cousine de Jean-Charles Tacchella, film post-soixante-huitard, assez nigaud, mais lui aussi parfaitement dans l’air du temps. L’année d’après, ce sera la véritable consécration avec Un éléphant, ça trompe énormément, dans le rôle de Bouli, le copain crétin de la bande formée par Jean Rochefort, Claude Brasseur et Guy Bedos. Eux sont des bourgeois ayant réussi ; lui n’est pas bourgeois et n’a que très moyennement réussi. C’est le brave gars, le bon type, le gentil boulet qu’on traîne toujours un peu au restaurant en espérant qu’il évite de boire l’eau des rince-doigts et pense bien à ne pas se moucher dans la serviette.

Bref, l’idée que certains se faisaient alors du Français. Le beauf, le Bitru, le… Dupont Lajoie. Sur le tard, Victor Lanoux avait connu le succès télévisuel avec la série Louis la Brocante. L’histoire d’un chouette zigue, là encore, pas forcément bien dégrossi, mais terriblement attachant. C’est ainsi, Victor Lanoux n’a jamais fait rêver, mais tout un chacun pouvait aisément se retrouver en lui. À croire qu’on avait tous en nous quelque chose de Victor Lanoux.

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