Editoriaux - Religion - 24 décembre 2018

Que n’a-t-on pas encore dit sur la crèche ?

Boulevard Voltaire a publié tant de papiers sur la crèche depuis plusieurs années que ce serait un comble de ne rien écrire, en ce 24 décembre, sur ce sujet. Mais que dire de plus alors que tout a été déjà dit ?

Que les préfets, les juges et associations laïcardes auraient mieux à faire que de perdre leur temps à pourchasser les crèches dans nos mairies et autres lieux publics, à découper la paille en quatre pour savoir si c’est culturel ou cultuel ? On l’a dit et répété.

Que les préfets, les juges et associations laïcardes n’ont pas encore osé forcer les portes des casernes de la Légion étrangère ? En effet, selon une tradition ancienne, comme nous l’avait raconté dans ces colonnes, le général Dary, il y a quatre ans, des concours de crèches sont organisés, la veille de Noël, dans tous les régiments de la Légion étrangère. Dans les compagnies, les escadrons, les sections, les pelotons : des crèches par dizaines !

Que c’est saint François d’Assise qui aurait inventé la première crèche vivante en 1223 à Greccio en Italie ? On dû l’évoquer au moins une fois. Bon, des savants un peu barbants expliqueront que le Poverello n’a rien inventé du tout. Je n’y étais pas. Eux non plus. C’est comme ceux qui disent que la Nativité n’a pas eu lieu un 25 décembre. Le facteur ne passait pas encore pour vendre son calendrier, alors…

Que les crèches firent leur apparition dans nos églises au XVIe siècle puis dans les maisons bourgeoises au XVIIIe siècle ? Que la Révolution, paradoxalement – et là, nos préfets, juges et associations devraient y réfléchir un petit peu -, « boosta » la coutume de « faire la crèche » pour Noël ? Fin décembre 1791, les autorités marseillaises ferment les églises et les Marseillais ne peuvent plus aller faire leurs dévotions à la Sainte Famille. Du coup, les crèches familiales se mettent à pulluler dans la ville. Et dès 1798, un certain Louis Lagnel invente un moule en plâtre pour fabriquer des santons en série. On connaît aujourd’hui des familles de santonniers qui se perpétuent sur sept générations.

Que n’a-t-on pas encore dit sur la crèche ? Que la crèche est tout le contraire d’une affaire de migrants déracinés, comme on va probablement le prêcher en certaines églises ! Marie et Joseph qui trouvent refuge dans une étable, ce n’est ni l’histoire de sans-papiers, ni de migrants illégaux. C’est l’histoire d’une famille qui va se faire recenser dans la ville d’origine de l’époux, Bethléem, se conformant ainsi à l’édit d’Auguste, et qui ne trouve pas de place à l’hôtel alors que l’épouse doit accoucher. Un peu comme si une famille malienne rentrait chez elle à Bamako pour récupérer ses papiers.

Que la crèche est une mangeoire pour animaux avant d’être le refuge où des parents pressés déposent leurs bambins ? Ça, on le sait.

Mais sait-on l’origine du mot ? Je le découvre à l’instant. Il vient du francique (le parler des Francs) « krippia ». Le francique : était-ce la langue que parlait Clovis lorsqu’il reçut le baptême un jour de Noël à Reims, peut-être en 498, deux ans après la bataille de Tolbiac, soit il y a 1520 ans ? Sans doute. En tout cas cela devait y ressembler un peu. Un sabir sans doute plus proche de l’allemand que du français que l’on pratique dans la banlieue de Reims. Mais je ne m’aventurerai pas sur ce savant terrain…

Mais que dit-on toujours devant la crèche ? Joyeux Noël !

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