Société - 10 août 2018

Quand tourisme rime avec crétinisme : elle demande l’arrêt des cloches

C’est un nouvel épisode de la série « Je paye, donc j’ai droit ».

Une série déjà fort longue qui nous montre à quel degré d’abrutissement nous ont fait tomber, premièrement, le consumérisme outrancier qui remplit aujourd’hui nos vies, deuxièmement, le maternage imbécile d’un État qui prétend régner sur tous les instants de nos existences.

Dans cette liste complaisamment relayée par les « micro-trottoirs » des journaux télévisés, on a les grands classiques saisonniers :
– J’ai acheté un séjour au ski, donc j’ai droit à la neige. Il n’y en a pas ? Qu’on en fabrique !
– J’ai acheté un séjour à la mer, donc j’ai droit au soleil. Il n’y en a pas, ou il y en a trop : que fait le gouvernement ?

Ces deux grandes revendications météorologiques ont, bien sûr, leurs corollaires :
– Remplir la mer de glace chaque début de saison ;
– Construire des hôtels vers le sommet du mont Blanc ;
– Exterminer les requins autour de l’île de La Réunion, les loups dans les Alpes et les ours dans les Pyrénées…
– À la campagne, tordre le cou des coqs et museler les ânes…
Et puis mettre une décrotteuse derrière les troupeaux, parce que la bouse, hein, ça sent ! Et puis javelliser les cours de ferme, parce que le fumier, pardon, mais ça pue…

Dans cet inventaire à la « pré vert », le Midi Libre rapporte, aujourd’hui, une anecdote fort signifiante, comme on dit chez les sociologues.

Ça se passe aux Bondons, une commune paisible au cœur de la Lozère, 144 habitants au recensement de 2015 et répartis sur plusieurs hameaux. Au cœur du village, une vieille et charmante église et, contre l’église, le presbytère. Depuis bien des années, celui-ci est devenu un gîte ouvert aux touristes en recherche de verdure et de paix. Or, voilà qu’une dame, locataire du lieu pour la quinzaine, vient d’écrire une lettre au maire demandant « que l’horaire de sonnerie de la cloche du presbytère puisse être décalé car c’est franchement rude d’être réveillés tous les matins à 7 heures alors que nous sommes en congés. »

La cloche sonne le matin, à midi et le soir. Insupportable ! Alors vite, un responsable, il faut changer tout ça. « De tout temps les cloches ont sonné ; jamais personne ne s’en est plaint », dit le maire. Oui, mais ça, c’étant avant.

Il en est resté baba : la dame, qui ne doute pas de son bon droit, « en a d’abord parlé à l’employée communale qui s’occupe des gîtes, puis m’a demandé de faire intervenir mon personnel technique pour modifier la sonnerie. Mon personnel technique ? Mais elle a déjà vu tout le monde, je n’ai pas de personnel technique ! »

Pas de personnel technique ? Et pas d’agent non plus pour le suivi psychologique, je suppose… En dessous de tout, monsieur le maire !

Le pauvre homme n’en revient pas : pour faire taire la cloche, il faudrait faire venir le spécialiste de la grande ville. « Ça nous ferait payer le déplacement, puis de nouveau pour remettre la cloche au départ des locataires. Et si on la règle à 9 heures, et que les suivants demandent 10 heures, on fait quoi ? » demande l’édile, qui poursuit : « C’est un presbytère, c’est à côté de l’église, il y a une cloche, voilà. De la même façon qu’il y a des mouches – en bas, c’est les moustiques ; ici, c’est les mouches – et des coqs. »
La voix du bon sens…

Morale de l’histoire : la cloche à faire taire n’est pas celle qu’on croit.

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