À SUIVRE

Quand Le Monde se révèle un peu minable…

Journaliste et essayiste

Députée de l'Hérault. Directrice de publication de Boulevard Voltaire

 

Le Monde est habile à manier les mots. On le savait. Au service de ses thèses, de ses choix, de ses parti-pris – eh oui, il en a. À son propre profit aussi. Les otages français enlevés au Cameroun nous en ont offert une nouvelle preuve.

Reprenons. Le jeudi 21 au matin, une dépêche de l’AFP, l’Agence France-Presse, annonce la libération de la famille française. Quelques minutes plus tard, une autre dépêche fait état de la confirmation de cette nouvelle par Kader Arif, le ministre délégué chargé des Anciens combattants. Le Monde est alors en plein bouclage. Il décide de passer l’information, la fausse information, faut-il préciser. En effet, en début d’après-midi, le Quai d’Orsay dément. On le sait, nos otages sont toujours, à l’heure qu’il est, aux mains de leurs ravisseurs.

Jusque-là, rien à ajouter. Qui reprochera au « quotidien de référence » cette mésaventure ? Personne. Quand on doit coller à l’actualité… Non, le plus intéressant arrive.

Dans un petit billet, titré « Imprudence », nos confrères expliquent, le lendemain, sobrement : « Le Monde s’est rendu coupable d’une imprudence et présente ses excuses à ses lecteurs. » Fort bien.

Du coup, sûrement naïfs, on se dit qu’après cette bourde, nos journalistes vont la jouer profil bas. Pas du tout ! Dans un papier – évidemment plus long et en meilleure place – le grand quotidien du soir va hacher menu notre ministre des Anciens combattants. « Annonce intempestive », « gigantesque bévue politique », « sortie intempestive » : rien n’est trop fort pour ridiculiser Kader Arif. On ira jusqu’à citer, anonymement bien sûr, un « conseiller » qui explique, charitable : « Pour faire zéro couac, il faut savoir sacrifier un quart d’heure de gloire… »

Que la droite fasse feu de tout bois et tape à bras raccourcis sur notre ministre, c’est le dur jeu de la politique. Même si, quand on entend un Hervé Morin fustiger « un ministre (…) qui veut se la jouer », on pouffe de dire connaissant la suffisance de notre homme… Mais Le Monde ! Une « imprudence » pour eux, une « gigantesque bévue politique » pour le ministre… Un peu minable, non ?

Députée de l'Hérault. Directrice de publication de Boulevard Voltaire

POUR ALLER PLUS LOIN