Immigration & Diversité

Quand Le Monde réhabilite la pédagogie de grand-papa

Professeur
 

À quoi bon avoir modifié les pratiques scolaires afin de remplacer l’autorité des maîtres par la « découverte personnelle » des élèves, invités à se pencher sur textes et documents pour en tirer les enseignements et non répéter des leçons toutes faites ? Le Monde nous ramène à ces pratiques archaïques avec son petit manuel : ce que vous pensez vs ce qu’il faut penser. Cessez de croire que vous réfléchissez, que vous avez un avis : en réalité, vous simplifiez tout, vous avez besoin des leçons du « quotidien de référence ».

Je suis fascinée par ces petites fiches qui me disent que, aveuglée par « la douleur, la colère et la peur », je profère des « affirmations simplistes ». Merci, Le Monde, j’apprends enfin la droite ligne :

La justice fait très bien son travail et elle n’a pas de raison ni de moyen de condamner plus sévèrement. Veut-on ruiner le pays à construire des prisons ? Et puis, on sort de prison et alors les attentats sont seulement retardés, ce qui est absurde. À quoi bon reculer l’inévitable ? C’est vrai, quoi ! J’irai plus loin et recommanderai de supprimer les prisons qui ne sont pas « la solution à tous les problèmes ».

Selon la loi, les criminels étrangers ou binationaux ont les mêmes droits que les nationaux, il n’est pas question d’y changer quoi que ce soit, ni pour alourdir les peines ni pour les expulser. Cependant, les nationaux peuvent être privés de droits civiques dans certains cas et pas les étrangers. Il faudrait donc, par esprit d’égalité, soit abolir cette peine, soit accorder ces droits aux immigrés dès leur arrivée, légale ou non. En abolissant la distinction entre citoyens et étrangers, on simplifierait la tâche de tous. Fin des expulsions, des contrôles : les économies ainsi obtenues permettraient de nourrir, héberger, soigner tous les arrivants qui vaqueraient paisiblement à leurs activités, y compris terroristes, risque auquel nous devons nous habituer.

Les immigrés sont « chez eux chez nous » (Mitterrand) et « ce n’est pas un délit de prôner le djihad » (Cazeneuve) : comment les expulser ? Ou même leur demander de condamner les terroristes ? Leur hostilité à ces « thèses djihadistes » ne fait pas de doute et nul besoin qu’ils le disent. Les salafistes sont en général de bonnes gens, que l’on confond avec des extrémistes qui leur ressemblent trait pour trait extérieurement, mais qui sont, eux, très méchants. « Les quelques milliers de radicalisés » sont identifiés par les services mais les services ne peuvent rien leur faire avant qu’ils n’aient attaqué. Moi, on peut me sanctionner pour avoir (un peu) trop bu sans que j’aie causé d’accident, c’est normal, mais on ne peut rien faire contre les « fichés S » ; ils sont bien moins dangereux, sans doute, que le buveur négligent. Et puis, de quoi nous plaignons-nous puisqu’ils attaquent aussi des musulmans, nous n’avons pas de traitement particulier, n’est-ce pas ? Si les musulmans ainsi atteints ou menacés ne défilent pas pour eux-mêmes, pourquoi le feraient-ils pour nous ? On ne peut pas trop demander à ces gens.

Je me sens rajeunie après cette cure de pensée correcte rédigée en termes clairs pour Français moyen mal-pensant. Heureusement, d’ailleurs, que cette entreprise pédagogique a été relayée sur le Net, sinon je ne risquais pas de la lire dans un journal que ma beaufitude m’empêche d’ouvrir. Merci qui ? Merci les dévoués journalistes du Monde, vrais hussards de l’information.

P.-S. : et si Le Monde pratiquait le deuxième degré et se moquait de la bonne conscience des élites autoproclamées par ce jeu de fiches caricatural ? Chapeau, en ce cas !

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