Editoriaux - International - 24 septembre 2018

Quand le général chrétien Michel Aoun stabilise le Liban

Le Proche-Orient s’embrase un peu plus chaque jour. Daech terrorise les peuples qui y habitent. Pourtant, le Liban résiste à la violence sous l’impulsion de son président Michel Aoun (depuis octobre 2016). « Ma priorité est la sécurité de mes compatriotes, affirme ce dernier. J’ai veillé à rétablir l’autorité de l’État. J’ai réorganisé l’armée, nommé un nouveau commandement et ordonné une action contre les organisations terroristes installées dans les montagnes. Elle a porté ses fruits. Nous avons débarrassé le pays des terroristes de Daech et d’Al-Nosra, infiltrés de Syrie. Nous démantelons les cellules dormantes. Nous arrêtons les gangs. La sécurité est garantie ; en atteste la reprise du tourisme. En économie, les décrets d’adjudication du pétrole et du gaz, gelés depuis 2013 avec des intentions suspectes, sont signés. Les appels d’offres lancés. Les contrats octroyés. La lutte contre la corruption progresse […] Enfin, au sein de l’administration : on a remis de l’ordre dans les corps d’inspection, la diplomatie… » (Le Figaro, lundi 24 septembre 2018).

Le conflit interconfessionnel sunnites-chiites ne trouve plus d’écho au Liban, pays qui a connu pourtant très longtemps de multiples convulsions. Constitué de communautés différentes (des chrétiens maronites ou orthodoxes et des musulmans chiites, sunnites, druzes), il n’a pas connu de printemps arabe depuis 2011. Michel Aoun a sécurisé et donné une véritable représentativité politique à ces communautés. Trente ministres y appartenant cohabitent dans un même gouvernement qui doit prendre des décisions communes pour le présent et l’avenir du Liban. Aoun précise alors, en mettant en cause Israël : « Au Moyen-Orient, Israël cherche à fragmenter la région en pièces communautaires et confessionnelles, des simulacres d’États, pour assembler un puzzle sectaire. L’alliance entre des entités, chacune exclusivement réservée à une minorité, est vouée à l’échec. Ce modèle est, en tous points, contraire à la nature démocratique du régime politique libanais, à notre diversité culturelle et à notre pluralisme religieux. J’ai proposé à l’ONU, en 2017, de faire du Liban un centre de dialogue entre les civilisations, les religions et les cultures. Cette année, je développe la proposition en y incluant un volent académique. »

Le général Aoun est un président ferme. Chrétien respectueux des musulmans, il travaille main dans la main avec le Hezbollah depuis plus de dix ans. En revanche, il récuse l’axe américano-sioniste qui participe à créer les conditions d’une déstabilisation du Liban. Ne parlant pas la langue de bois, il déclare : « Seul l’intérêt du Liban détermine mon action. Je m’oppose à tout alignement qui desservirait cet objectif. Les chrétiens du Liban se soutiennent eux-mêmes. Nous avons surmonté nos divisions. Certains différends persistent : sur la Syrie, sur des dossiers politiques. Mais ils n’ont jamais dérapé. Je suis totalement indépendant et attaché à l’indépendance du Liban. Pour l’instant, Israël nous menace, viole notre souveraineté et poursuit la spoliation des droits des Palestiniens. On vient de recevoir un nouveau “cadeau empoisonné” : la suspension, par le président Trump, de la contribution américaine à l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) dont dépendent près de 500.000 Palestiniens au Liban. Cela conduira à implanter définitivement les réfugiés palestiniens dans les pays où ils se trouvent, notamment au Liban. »

La géopolitique réserve bien des surprises. Le Liban – si souvent divisé dans le passé -, aujourd’hui présidé par le général Aoun, est aujourd’hui stabilisé. Un bon exemple qui montre que l’autorité politique au sommet et les communautés religieuses à la base peuvent se conjuguer dans un pays affirmant son indépendance avec force.

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