Cinéma - Culture - Document - Médias - People - Télévision - 9 décembre 2018

Quand la reine Catherine Deneuve se paye Laurent Delahousse…

On ne présente plus Laurent Delahousse, speakerin* dominical de France 2, le plus élégamment décoiffé et le moins bien rasé de ces hommes-troncs ayant l’art de vous gâcher le week-end en « access prime time ». Il vient de se signaler par une nouvelle livraison de son émission, « Un jour, un destin », consacrée à Catherine Deneuve.

La dame incriminée ne semble pas avoir goûté la chose à sa juste valeur, tel qu’en témoigne cette lettre envoyée à Télérama et dont nous livrons ici l’intégralité, à rebours d’autres médias n’en finissant plus de ressasser quelques bouts de phrase pas toujours bien extraits de leur contexte :

« Voilà un enterrement de première classe : vous auriez pu attendre quelques années encore ! Un portrait superficiel et morbide à souhait. La vie survolée, les événements dramatiques multipliés, des interviews de personnes que je n’ai pas vues depuis plusieurs décennies et qui me connaissent à peine. Même le charmant Philippe Labro, qui a toujours un avis sur tout, était plutôt l’ami de ma sœur.

Mais c’est le mélange de fiction et de document réels qui me semble le plus navrant. Et un plan que je ne peux vous pardonner : une main sur le contact d’une voiture dans laquelle ma sœur va s’exploser quelques minutes plus tard. Suivi des images vraies de l’accident… C’est indigne. Vous l’avez produit, ce film, visionné et commenté, cela me sera toujours insupportable. Abstenez-vous peut-être d’une deuxième partie que vous avez annoncée. »

Et pan, dans ta face ! Il est vrai que, dans le genre, Laurent Delahousse est une sorte de récidiviste. L’une de ses précédentes émissions, consacrée au défunt Michel Serrault, s’attardait longuement sur la mort d’une de ses deux filles, partie lors d’un autre accident de voiture. Et là, le même pathos, les mêmes mises en scène reconstituées. Avec un faux Serrault se tapant la tête contre un vrai mur, à l’annonce du décès de sa fille ; et toujours la sempiternelle interrogation : « Ça fait quoi, de perdre la chair de sa chair ? »

Pas du bien. T’en as d’autres, des comme ça ?

Les journalistes bien élevés et rompus aux arts du métier savent que Catherine Deneuve répugne à répondre aux questions relatives à sa vie privée – elle a été la maîtresse des plus beaux amants, mais n’en a jamais fait commerce médiatique – et, surtout, à celles relevant de la mort de Françoise Dorléac, sa sœur tant aimée, celle qu’elle évoque précisément dans le documentaire et la lettre en question. C’est son droit et son honneur. Lesquels ont été, de longue date, respectés par une profession pourtant pas forcément connue pour ses élégances plus ou moins mondaines.

Du côté de France 2 et de Laurent Delahousse, on tente de minimiser : « En dix ans d’existence et plus de cent portraits, nous n’avons jamais reçu de poursuite. » Là n’est pas la question, sachant que Catherine Deneuve ne semble pas vouloir porter l’affaire devant les tribunaux. Mieux : « Ce portrait de Catherine Deneuve a nécessité huit mois de travail. » Huit mois pour ça ? On ne sait pas trop combien ils sont payés dans le service public, mais c’est sûrement trop.

Aujourd’hui, Laurent Delahousse, parangon autoproclamé du journalisme « à l’anglo-saxonne », « incisif et sans concessions », dit-on, se pose aussi en commentateur de la chose politique. À propos des gilets jaunes : « On nourrit une bête immonde… », tel que dit sur France 5. Quelle imagination et où va-t-il chercher tout ça ? Mais, sachant que ceux qui sont comme la Lune ne se reposent jamais, le gandin se rêve désormais cinéaste, puisque se lançant dans le septième art avec son Monsieur, consacré à un Jean d’Ormesson qui, malgré tout, ne méritait pas un tel châtiment posthume ; film dont même Le Monde nous dit qu’il relève d’une « fascination frisant l’obscène »

Obscène… c’est le mot.

* S’il est juste et bon de féminiser les professions naguère masculines, l’inverse est tout aussi bienvenu, n’est-il pas ?

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