Editoriaux - Environnement - Politique - 8 mars 2019

Quand Emmanuel Macron se prend pour Jacques Martin dans L’École des fans…

Le fameux grand débat national, annoncé à renfort de trompette, continue comme si de rien n’était, permettant ainsi à Emmanuel Macron de le confisquer, purement et simplement. À tel point que du Rassemblement national à La France insoumise, il serait demandé que son temps de parole passé sur les planches et sous les préaux soit défalqué de celui consacré à son parti, campagne des prochaines élections européennes oblige.

C’est donc, non sans raison, que Marine Le Pen note que le premier des Français n’est plus, aujourd’hui, que le « simple directeur de campagne de LREM ». On avait cru remarquer, aussi.

Le 7 mars dernier, la très présidentielle tournée des popotes passait par celles des écoles, s’en allant à la rencontre, à Gréoux-les-Bains, dans les Alpes-de-Haute-Provence, du peuple de France ; dont une majorité de collégiens plus ou moins boutonneux. Derrière chaque Jupiter, une Françoise Dolto sommeille. Pas démagogue pour un sou, Emmanuel Macron affirme donc : « Je comprends l’impatience de la jeunesse. » C’est beau, non ? Le principal intéressé parle d’ailleurs en expert, n’ayant pas hésité à bousculer cheveux blancs et cheveux gris, durant son échappée élyséenne de 2017.

Au programme de ce goûter d’enfants : l’écologie. En ce type de circonstances, il y a toujours un fayot qui, rêvant d’être le « garçon le plus populaire » de la cour de récré, s’y colle comme si sa vie en dépendait. D’où la sortie d’un justicier en herbe et à lunettes, prénommé « Charlie », ce qui ne saurait s’inventer : « Quand est-ce que vous allez réagir, puisque vous en avez le pouvoir ? […] Puisque c’est l’argent qui nous a poussés à négliger l’écologie, pensez-vous qu’on pourra s’acheter une nouvelle planète avec de l’argent ? »

Voilà tout le problème de la démagogie politique qui se trouve ici résumé. Manu se fait élire avec des arguments dignes de blagues Carambar® – « nouveau monde » contre « ancien monde » – tandis que Charlie lui répond sur un semblable mode sémantique : vu que le pognon cétakoz de lui kecékedu malheur, keskonfé de tout ce pognon pour pechodukif ? Ou un truc approchant…

Là, Emmanuel Macron poursuit sur le même mode, entre autisme et roue libre. Après la lutte du « nouveau » contre « l’ancien », il assure vouloir « passer d’un modèle à l’autre ». Mais tout n’est pas si simple, sachant que « le modèle du tout argent est terminé ». Le philosophe Paul Ricœur, dont Emmanuel Macron fut l’assistant, à force de se retourner dans sa tombe, a dû transformer cette dernière en centrifugeuse.

De cet échange, on retiendra surtout le fait que lorsque Emmanuel Macron entend « passer d’un modèle à l’autre », jamais il ne remet en cause celui de la mondialisation, le plus néfaste qui soit en matière d’écologie. Ainsi faut-il savoir que les deux secteurs d’activité les plus polluants sont les avions de ligne et les supertankers, dont la consommation de pétrole et les émissions qui en résultent ne sont pas prises en compte dans les calculs visant à évaluer le réchauffement climatique qu’on sait.

C’est assez logique, finalement. Les premiers servent, hormis le tourisme de masse, à transporter ces nomades de luxe que sont les princes de la mondialisation, tandis que les seconds assurent la survie économique du système, quitte à faire fabriquer de la merdouille par des esclaves pour ensuite la revendre à des chômeurs.

Il n’aurait pas été nigaud d’aborder de tels problèmes, sachant que ces « jeunes » ont au moins ce droit consistant à ne pas être en permanence pris pour des andouilles par de jeunes vieux se croyant encore à l’époque de « L’École des fans » de Jacques Martin. À ce sujet, on remarquera que, Nicolas Sarkozy ayant épousé la femme du même Jacques Martin, il n’est pas anormal que son successeur se toque d’animer ensuite de semblables après-midi pour enfants.

Comme quoi les traditions républicaines sont un renouvellement de chaque jour.

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