Le propriétaire SDF, vous connaissez ?

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On connaissait l’obscure clarté de Corneille, la sublime horreur de Balzac, le jeune vieillard de Molière. Voici un nouvel oxymore à graver dans le marbre et les livres scolaires : le « propriétaire SDF ». Sauf que, cette fois, ce n’est pas une figure de style fruit d’une imagination littéraire, mais la vraie vie. Prosaïque, tragique et burlesque à la fois, comme elle peut l’être souvent dans notre France de 2018.

Nadine Olivier est une quinquagénaire varoise. Depuis plusieurs jours, elle vit dans la rue. La raison en est très simple, elle l’a raconté sur Europe 1, et Le Figaro s’en est fait l’écho : ses locataires n’ont jamais payé leur loyer. « Elle a été contrainte de vendre son propre appartement pour rembourser le crédit de la maison qu’elle avait mise en location à Roquebrune-sur-Argens (Var). » De recours en appel, de lourdeur administrative en lenteur judiciaire, de sournois jeu de la montre en expulsion non suivie des faits, le locataire a fini par avoir raison du propriétaire. L’un a un toit gratuit, l’autre paie mais n’en a pas. Tout est logique.

Et pourtant, sur le papier, en tout cas celui des impôts, Nadine Olivier devait faire figure de nantie. Une maison principale ET une résidence secondaire… ces fameuses résidences secondaires qui seront désormais les seules à supporter une taxe d’habitation, sans doute alourdie, lit-on, parce qu’in fine, il faudra bien trouver à faire raquer. Ce que l’on appelle, donc, une riche propriétaire terrienne.

Depuis les caricatures de Daumier, depuis « la propriété, c’est le vol ! » de Proudhon, la France n’a pas changé son regard sur les propriétaires, ces exploiteurs, ces salauds de riches, ces prévaricateurs ladres et impitoyables… les seuls qui continueront donc à payer l’ISF, ils l’ont bien mérité ! Mieux vaut dépenser, quand on en a – il ne sera pas taxé -, son argent en voyages égoïstes à l’autre bout du monde, faire prospérer le tourisme international, les compagnies aériennes low-cost anglo-saxonnes et les bateaux de croisière battant pavillon étranger, traîner de buffet continental en paillote tropicale, qu’investir dans une maison familiale pour accueillir les siens à la campagne, faire travailler les artisans et commerçants locaux, entretenir des vieilles pierres qui ne peuvent pas toutes profiter de largesses de Stéphane Bern, et in fine se faire matraquer à tous les étages par l’administration fiscale. Qui pourtant, des premiers ou des derniers, aide le mieux cette fameuse France périphérique que tous les politiques s’accordent à plaindre avec des trémolos dans la voix ?

Il est vrai, comme l’écrivait dans Le Figaro Vox au mois de janvier Henri Feng, docteur en histoire de la philosophie, que « le grand ennemi du capitalisme financier est le propriétaire. Celui-ci n’est pas à la mode dans une époque de consommation frénétique qui brouille les frontières entre ce qui est à soi et ce qui appartient à autrui. » Et « l’on découvrira bientôt que tuer le propriétaire est une autre manière de tuer le père. »

Il y a les oxymores et puis, surtout, dans notre monde binaire, les pléonasmes : le propriétaire prospère et méchant en est un, le locataire pauvre hère et gentil en est un autre, même quand, après avoir été – à raison – mis à l’abri par des lois protectrices, il tend à user et abuser de ces dernières, devenues folles et faibles. Ou folles à force d’être faibles.

Pour extrême qu’il soit, le cas de Nadine Olivier n’est pas seul dans son genre. Entre squats, loyers impayés et logements dévastés, les petits propriétaires désemparés peuplent la presse quotidienne régionale. Rajoutez à cela la fiscalité et vous dissuaderez quiconque d’investir dans la pierre. C’est peut-être le but recherché. Mais sans propriétaire, hé, hé… pas, non plus, de locataire ! Il faudrait peut-être y penser.

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