Promesses de M. Macron : les agriculteurs pas dupes

Projet de loi du 31 janvier 2018, « pour l’équilibre des relations commerciales dans la filière alimentaire » ; réception de près de 1.000 jeunes agriculteurs à l’Élysée le 22 février ; la promesse de la mise en place de « verrous réglementaires » sur les achats de terres agricoles par des étrangers en France, après la récente acquisition de terres à blé par un investisseur chinois ; une visite programmée de plusieurs heures sur le Salon de l’agriculture ; mise en place d’un milliard d’euros de prêts garantis pour les jeunes agriculteurs, etc.

Il ne sera pas dit que le président de la République et le gouvernement d’Édouard Philippe n’auront rien fait pour sauver les paysans français… Mais que penser de toutes ces annonces ? Qu’elles sont sincères ? Peut-être. Qu’elles verront le jour ? Pour certaines oui, pour d’autres non. Qu’elles seront efficaces ? Assurément non. Depuis des décennies, notre agriculture se dépérit et se lasse des coups de com’ des différents gouvernements successifs. Dans une économie mondialisée, que pèse l’agriculture française ? Pour parler vrai, peu et beaucoup à la fois : environ 3,5 % du PIB, 5 % des emplois, soit environ 1,4 million de salariés et de non-salariés, secteur agroalimentaire compris.

Mais les paysans, qu’aimait beaucoup Montesquieu « parce qu’ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers », ne sont pas dupes. Ils savent que les paroles s’envolent et que le principe de réalité l’emporte toujours sur les vaines promesses.

En plus, les agriculteurs ont tendance à ne pas voter Macron mais plutôt à droite, et même très à droite, si l’on en croit les dernières élections. Ajoutons que leur fibre « communautaire » commence à s’étioler car l’Europe et son bras armé, la politique agricole commune (PAC) qu’ils ont acceptée, nolens volens, a détruit le modèle agricole qu’elle-même avait tenté de bâtir, en poussant à la productivité, au modèle intensif, à la compétitivité, au détriment de la qualité, de la santé des consommateurs, de la protection de l’environnement et de prix rémunérateurs.

On souhaiterait que les intentions d’Emmanuel Macron et de ses ministres puissent trouver un prolongement heureux pour nos agriculteurs, que ces derniers puissent eux-mêmes fixer leurs prix, des prix qui leur permettent de dégager un revenu décent, de vivre normalement, de réinvestir et de redevenir une grande nation agricole.

Malgré les annonces présidentielles, le comité d’accueil risque d’être plutôt glacial pour le chef de l’État au Salon international de l’agriculture. Le candidat Macron n’avait-il pas promis, en 2017, devant le WWF, qu’il s’engageait à « ne pas revenir sur la législation interdisant les pesticides », notamment le glysophate ? Finalement, ce pesticide sera bien interdit. Et quand il annonce qu’il va interdire le « bœuf aux hormones » sur le sol français, c’est déjà une réalité. Cela fait déjà un quart de siècle que l’Union européenne interdit la viande aux hormones, ce qui a valu de belles batailles juridiques devant l’Organisation mondiale du commerce.

Peut-on croire le chef de l’État quand il assure, le cœur sur la main, qu’il s’opposera aux ventes de terres françaises à des investisseurs étrangers, car c’est un « enjeu de souveraineté » ? Les agriculteurs ne sont pas des lapins de trois semaines. Ils sauront le lui rappeler et, comme les Français, ils jugeront sur pièce.

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