La prise de Mossoul n’est pas la fin de la guerre


Docteur en droit – Commissaire divisionnaire honoraire

 

Alors qu’après neuf mois de combats acharnés, l’armée régulière irakienne, aidée par la coalition, vient de reprendre le contrôle de Mossoul, des interrogations demeurent cependant sur les capacités de nuisance que conserve l’État islamique. En effet, les succès remportés par les troupes irakiennes et syriennes sur zone face à Daech ont certes affaibli les combattants du califat, mais n’ont certainement pas mis fin à une guerre qui sera encore longue et meurtrière, et qui prendra rapidement un autre visage.

Il en est ainsi du terrorisme qui sévit en Europe, en particulier en France, depuis de nombreuses années. Et c’est bien ce mal endémique, désormais installé durablement dans nos pays, qu’il convient de combattre sans faiblesse et sans relâche. Car le mal est profond, c’est ce que nous rappelle régulièrement l’actualité, qui nous révèle que la menace est aujourd’hui avant tout interne. En effet, deux informations récentes viennent de confirmer cette réalité. Tout d’abord, il y a eu ce policier de 42 ans, en poste au commissariat du Kremlin-Bicêtre, interpellé le 27 juin pour avoir aidé son frère djihadiste – en consultant, notamment, pour lui certains fichiers confidentiels -, et soupçonné d’être partisan du groupe État islamique. Il a été mis en examen par la justice, puis placé sous contrôle judiciaire. Ce fait ne révèle en rien une tendance lourde au sein des forces de l’ordre, puisque le nombre de policiers impliqués de près ou de loin aux côtés des djihadistes, ou cautionnant simplement leur combat, est particulièrement faible. Il nous rappelle, toutefois, qu’il convient d’être particulièrement vigilant. C’est, notamment, au moment du recrutement des policiers que cette attention doit être la plus soutenue, afin de détecter des infiltrations qui restent toujours possibles.

Une autre information est également venue donner quelques éléments importants de réflexion. Il s’agit d’une étude menée par trois universitaires issus de trois institutions internationales, sur les 51 attentats commis dans 8 pays en Europe et aux USA depuis 2014. Sans apporter de révélations fracassantes, cette étude confirme quelques faits importants. Tout d’abord, l’intensification des attaques terroristes, puisque de 12 entre juin 2014 et mai 2015, elles sont passés à 22 entre juin 2016 et mai 2017. Cette augmentation significative de l’activité terroriste sur nos territoires, malgré les nombreuses interpellations réalisées par les forces de l’ordre, ne peut que nous interroger sur la rapidité avec laquelle l’idéologie islamiste se diffuse en Occident.

Sur le profil des assaillants, ensuite, qui nous apprend que 73 % d’entre eux étaient résidents dans le pays cible de l’attentat, et que seulement 6 % n’en étaient pas originaires. Ainsi, le recrutement se révèle essentiellement local, ce qui contribue à rendre difficilement détectables des individus immergés dans un milieu qu’ils connaissent parfaitement. Enfin, cette première approche scientifique met en exergue le fait que 20 % des auteurs d’attentats avaient déjà combattu à l’étranger et que 82 % des mis en cause étaient connus des services de renseignement.

Même s’il est difficile, de prime abord, d’accorder une valeur prédictive à ce rapport, l’ensemble des informations recueillies aujourd’hui nous confirme bien que la menace terroriste est avant tout interne. Que la plupart des assaillants de demain sont déjà chez nous et qu’ils n’attendent que le moment opportun pour passer à l’action.

Docteur en droit – Commissaire divisionnaire honoraire

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