Présidentielle 2017

Que fait la presse un jour de vote ? Elle enfreint la loi et ne fait pas son travail

Professeur d'Histoire
 

La période de réserve électorale qui commence le vendredi à minuit et s’achève le dimanche soir à la clôture du scrutin est toujours une période délicate pour la presse. Plus de déclarations, de meetings, d’interviews à se mettre sous la dent, plus d’éditoriaux engagés. C’est la loi.

Sur Boulevard Voltaire, nous nous y plions. Mais cette période de réserve n’empêche pas d’informer, pourvu que ces informations ne débouchent pas sur une propagande en faveur de tel ou tel candidat. Il serait même du devoir d’une presse libre et vraiment professionnelle de poursuivre son travail d’information, dans les limites fixées par la loi.

Or, ce qui se passe depuis samedi n’est pas à l’honneur de la presse française. Boulevard Voltaire a dénoncé la publication par Le Monde d’un article de pure propagande contre un candidat. Et le grand quotidien français récidive dimanche matin, dans un article intitulé « Les préfets et l’art du pronostic électoral », publié à 10 h 23.

Mais les exemples seraient nombreux. Edwy Plenel, dans un tweet de samedi, appelle à voter pour son candidat, en joignant un édito de son journal Mediapart, certes daté du 5 mai, allant dans le même sens. Or, la loi est claire : elle s’applique également aux réseaux sociaux, et le fait de renvoyer ou retweeter un texte de propagande est aussi un acte de propagande électorale.

A-t-on entendu le pouvoir ou les institutions chargées du bon déroulement du vote réagir ? Si ces grands médias prennent autant de liberté avec la loi sans être rappelés à l’ordre, il faudra bien qu’un jour ces institutions complaisantes avec eux changent la loi ou fassent preuve de la même tolérance pour tous les médias. Tolérance ? Égalité devant la loi ? Liberté d’expression ? Cela devrait être des valeurs républicaines communes…

Non, ces médias étaient tournés vers l’affaire des MacronLeaks qui avait éclaté quelques heures avant la fin de la campagne : le piratage des boîtes mail, visiblement par simple fishing, de l’équipe d’un candidat. Le seul message qui surnageait d’une affaire qui n’en est qu’à ses débuts est qu’il y avait eu une attaque informatique, et donc une victime. Et le Président veillait pour nous dire : « Rien ne sera laissé sans réponse. »

Mais au même moment, à Massy, dans l’Essonne, une deuxième soirée de violences urbaines se déroulait. Et ni Le Monde ni Le Figaro n’en rendaient compte.

Drôle de devoir de réserve… Non seulement une partie de la presse l’enfreint sans vergogne, mais elle se plie, sans doute depuis le fait divers de la veille du 21 avril 2002 qui aurait entraîné l’élimination de M. Jospin, à une conception extensive et dévoyée de ce devoir de réserve.

C’est le devoir de réserve sélectif.

Bon vote !

POUR ALLER PLUS LOIN