Éducation

Présidentielles : la guerre scolaire aura-t-elle lieu ?

Professeur honoraire
 

L’équipe de Jean-Luc Mélenchon voudrait, paraît-il, « proposer, sur la base du volontariat, aux établissements privés sous contrat de rejoindre l’enseignement public » : ce serait une condition à leur financement public.

Voudrait-elle ainsi rallumer la guerre scolaire – ce qui ne porta pas chance, en 1984, au ministre de François Mitterrand, Alain Savary ? Dans un entretien au Figaro, la présidente nationale de l’APEL (Association de parents d’élèves de l’enseignement libre) s’insurge :

« Les Français sont majoritairement attachés à la liberté d’enseignement. Je crois rêver. Je n’ai nul doute que les parents d’élèves descendront dans la rue si un tel projet était mis en place. »

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Personne n’aurait intérêt à soulever cette question, sinon pour essayer de recueillir in extremis quelques voix supplémentaires. Si ce débat revient sur la table, à huit jours du scrutin, c’est principalement pour des raisons électorales.

En 2012, Jean-Luc Mélenchon n’avait pas mis dans son programme « l’abrogation des lois Debré, Rocard et Carle qui portent sur le financement des écoles privées ». Le suggérer aujourd’hui, c’est une façon de s’opposer à son concurrent François Fillon, qui annonce son intention de financer jusqu’à des écoles hors contrat.

Opposer l’enseignement public à l’enseignement privé, qu’on ait des préférences pour l’un ou pour l’autre, ne paraît pas sain pour plusieurs raisons. D’autant plus que seules 5 % des familles mettent tous leurs enfants dans le privé pendant l’ensemble de leur scolarité, tandis que la moitié d’entre elles pratiquent le zapping entre les deux.

La question est moins de savoir si les deux secteurs doivent ou non coexister – historiquement, ils existent et les parents y sont généralement attachés, quelle que soit leur croyance ou non-croyance religieuse – que de s’interroger sur le fonctionnement respectif des établissements publics et privés et sur le contenu des enseignements dispensés.

Paradoxalement, il apparaît que des gouvernements de gauche et de droite considèrent l’école privée comme un modèle souhaitable pour l’école publique, notamment en ce qui concerne l’autonomie et le rôle du chef d’établissement, plus importants dans le privé que dans le public.

Or, l’autonomie de l’établissement est, par nature, un facteur de disparité et de contrainte. La seule autonomie justifiable serait celle du professeur dans sa classe, le plus apte à déceler les besoins de ses élèves et de s’y adapter. C’est tout le contraire qui se passe, puisqu’on ne reconnaît que l’autonomie des équipes pédagogiques, soumises au projet d’établissement, ce qui autorise le meilleur comme le pire.

Sous ce quinquennat, la politique gouvernementale en matière d’enseignement est mieux perçue dans l’enseignement privé, principalement catholique, que dans l’enseignement public. Faut-il rappeler que l’APEL, le secrétariat général de l’Enseignement catholique et les syndicats de chefs d’établissement se sont prononcés en faveur de la réforme du collège mise en œuvre par le ministre de l’Éducation nationale ?

Cette prise de position a suscité des remous parmi les parents d’élèves. L’APEL a dû se justifier, en expliquant son soutien à la réforme :

« L’attention portée à la transition école-collège, le renforcement de l’accompagnement individuel des élèves, la création de temps d’enseignement interdisciplinaires ou encore la plus grande autonomie laissée aux équipes éducatives font en effet partie des propositions que l’APEL a eu maintes fois l’occasion de soumettre au ministère de l’Éducation nationale. »

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À croire qu’elle est le mentor du ministre !

Assez de ces querelles de clocher, qui n’ont plus lieu d’être ! Préoccupons-nous de l’essentiel : la qualité de l’instruction donnée à nos enfants !

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