Présidentielle autrichienne : vers un mois d’hystérie ?

« Une dérive qui traverse l’Union européenne », « Il y a une histoire à tout cela en Autriche ». L’une des premières réactions en France du résultat du premier tour de l’élection présidentielle autrichienne était signée NKM.

Elle était rapidement rejointe par Jean-Christophe Cambadélis, dont les propos ont même agacé l’ambassadeur d’Autriche Ursula Plassnik : « Parler de menace brune montre qu’il n’a pas compris ce qui se passe en Autriche. […] Dans la terminologie politique, il serait d’ailleurs plus correct de parler de droite populiste. M. Cambadélis s’est donc totalement trompé de vocabulaire. »

Une déroute pour les deux partis historiques

Pour la première fois depuis 1945, le SPÖ (« sociaux-démocrates ») et l’ÖVP (« chrétiens-démocrates ») sont balayés d’une élection dès le premier tour de scrutin, alors qu’ils ont jusqu’alors toujours occupé les postes de chancelier ou de président de la République autrichienne. Les résultats sont sans appel : le candidat du parti nationaliste libéral FPÖ, Norbert Hofer, remporte plus de 35 % des suffrages et affrontera, au second tour, le candidat écologiste Alexander Van der Bellen (21 %). Le SPÖ et l’ÖVP, qui gouvernent en coalition sous la houlette du socialiste Werner Faymann, ont vu chacun de leur candidat recueillir 11 % des voix. Bref, une déroute.

Comment l’expliquer ?

Crise migratoire, vampirisation de l’électorat conservateur par le FPÖ et éparpillement des voix de gauche : voici les clés du scrutin de dimanche en Autriche. L’Autriche a reçu une quantité extrêmement importante de migrants en 2015. Autant que l’Allemagne en proportion de sa population : environ 100.000 pour une population de 8 millions d’habitants. La gestion de la crise migratoire par le chancelier Faymann a été des plus erratiques. Il n’a pas manqué de mots durs à l’endroit de Viktor Orbán en septembre 2015 : « Entasser des réfugiés dans des trains et les envoyer dans un endroit complètement différent du lieu où ils pensent se rendre nous rappelle le chapitre le plus sombre de l’histoire de notre continent ».

Un mois plus tard, en octobre 2015, la Hongrie avait fermé ses frontières et les flux de migrants transitaient en Autriche. Le FPÖ manquait de peu de prendre la mairie de Vienne. Et, soudainement, le retour à la réalité se fit pour Faymann : instauration de (modestes) contrôles aux frontières, mise en place d’une barrière à la frontière austro-slovène et insistance pour fermer la route des Balkans. Mais le mouvement était trop tardif pour Faymann et ses alliés conservateurs pour être effectif auprès de l’électorat du FPÖ. D’ailleurs, l’une des clés de la progression du FPÖ a été la vampirisation de l’électorat conservateur de l’ÖVP, comme cela s’était déjà vu lors des élections municipales de Vienne à l’automne dernier (SPÖ 40 %, FPÖ 30 %, ÖVP 9 %).

Et maintenant ?

Le second tour du scrutin présidentiel a lieu le 22 mai. La semaine d’entre-deux-tours des élections régionales de 2015 a montré que quatre semaines sont plus qu’assez pour travailler une opinion publique et mobiliser les abstentionnistes par la peur pour les amener à sauver un candidat du régime. Difficile, donc, de prédire ce qui se passera dans le cas autrichien.

La perspective d’une hystérie internationale semblable à celle connue en 2000 lorsque le FPÖ de feu Jörg Haider avait accédé au gouvernement (avec l’ÖVP) reste incertaine. En effet, si le logiciel fondamental de l’Union européenne n’a pas changé en 15 ans, en revanche les rapports de force internes ne sont plus les mêmes. Sera-t-il possible, en cas de victoire du FPÖ, après la Hongrie et la Pologne, d’étendre indéfiniment la liste des « moutons noirs » de l’Union ?

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