Le Président jupitérien au cul des vaches

 

Vendredi, le président de la République était en déplacement dans le Limousin. Thématique (comme on dit dans la com’) ? La ruralité. Parler des paysans aux paysans. Enfin : au peu qu’il en reste, mais surtout à cette France qui, bercée par une nostalgie illusoire, et des rêves bio, croit qu’il en restera encore, alors que, s’il y a eu ces dernières années un grand effondrement et un Grand Remplacement, avec son cortège de drames humains, c’est bien celui de nos paysans. Crises. Faillites. Suicides.

Henri Mendras avait publié son livre au titre prémonitoire, La Fin des paysans, en … 1967 ! Macron n’était même pas né… Alors, les paysans, vous imaginez, pour cet héritier de la bourgeoisie amiénoise…

Mais foin de nostalgie ! Vendredi, le Président était venu apporter son nuage d’optimisme :

« Il y a ici une envie de faire, de conquérir, de réinventer cette manière de produire et nourrir à la française. Vous portez cette fierté et c’est notre force. Vous avez raison d’être fiers. Entendez les colères, mais occupez-vous de votre avenir.[…]
Nous répondrons aux défis des aléas climatiques ou des difficultés administratives, mais plus largement nous engageons une transformation des filières. Dès le début du mois de juillet se tiendront des États généraux de l’alimentation. [..] L’État est à votre côté. Nous vous apporterons des réponses réalistes et volontaires. »

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Et le Président a rappelé ses promesses de campagne : l’accompagnement à hauteur de cinq milliards d’euros, pour développer les circuits courts, la diversification, la valorisation, la modernisation des exploitations.

Certes la visite présidentielle fut perturbée par des salariés de GM&S, insatisfaits des promesses du ministre Le Maire. Mais le Président avait bien prévenu :

« Quand je viens sur un sujet que j’ai choisi, je parle du sujet que j’ai choisi. Je ne fais pas des commentaires d’actualité. »

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Donc, pas question de gâcher les images du Président aux champs, avec les belles limousines. Mais Macron au cul des vaches, c’est comme si je débarquais moi, avec mes bottes, mes brebis et mes odeurs, dans une start-up ou chez Rothschild. Irréel. Anachronique.

Et pour réussir cette campagne de com’ à la campagne, le Président, qui a encore revendiqué, hier, sa « distance » et sa « verticalité », souhaite aussi se démarquer du Chirac qui s’était fait une spécialité de l’horizontalité « cul des vaches ». Toutes les images le montrent du côté de la tête, des cornes. Pas du cul. Dominant la bête, en contre-plongée, comme à Verneuil-sur-Vienne. Celle de Libération nous présente un Président quasiment en train de bénir le bovin, un jeune éleveur tourné vers le Président regardant au loin, vers ses cieux jupitériens.

Mais nous, sommes-nous aussi obligés de nous laisser regarder de haut ? Comme des veaux ?

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