Le prélèvement à la source survivra-t-il aux présidentielles et aux législatives ?

Professeur agrégé et écrivain
 

Le gouvernement sortant vante, sur les antennes des télévisions, l’idée, selon lui géniale, du prélèvement à la source. Il prétend qu’il est irréversible. Mais Marine Le Pen et François Fillon ont promis de l’abolir, tandis que M. Macron le reportera en 2019 et l’expérimentera avant de le généraliser. Il prétend en être partisan, mais pouvait-il prétendre le contraire, vu qu’il était ministre de l’Économie de M. Hollande et, donc, qu’il a participé à sa mise en place ? Les contorsions de M. Macron ont leurs limites. De toute façon, s’il devient Président, les députés qui le soutiendront ne seront au mieux qu’une centaine d’élus (et encore !). Il devra composer soit avec le PS (mais, à mon avis, il sera trop faible pour lui servir d’appoint), soit plutôt avec le centre droit et l’aile gauche des Républicains. Dans cette hypothèse, le prélèvement à la source fera sans doute les frais de cette alliance.

Bien sûr, M. Mélenchon est un partisan farouche de la réforme. Logique, puisqu’il souhaite fusionner CSG et impôt sur le revenu et augmenter dans des proportions jusqu’alors inconnues les taxes sur ceux qui ont la « chance » de gagner plus de 2.500 € par mois. Le prélèvement à la source lui est indispensable.

Néanmoins, même si ses chances d’entrer à l’Élysée sont faibles mais réelles, à mon sens, il ne disposera jamais de majorité à la Chambre, le pays étant trop à droite. On oublie trop souvent que le président de la Cinquième République a exactement les mêmes pouvoirs que celui de la Troisième. Nous sommes une démocratie parlementaire et non présidentielle, et les élections législatives constituent le principal scrutin.

De toute façon, appliquer la réforme le 1er janvier 2018 est impossible. Les syndicats, dans une belle unanimité, ont poussé un cri d’alarme et prévenu que si on essayait de passer en force, on courait à la catastrophe. Les recettes de l’État plongeraient pendant au moins 6 mois de 30 %, voire plus, du fait que les entreprises petites ou moyennes ne sont pas prêtes ! Comment fera notre État obèse pour survivre ? En empruntant massivement ? Difficile et cher ! Les taux flamberont nécessairement et les pertes pour nos finances seront énormes.

En effet, pour prélever l’impôt sur le revenu, les employeurs doivent avoir au préalable adopté la nouvelle « déclaration sociale nominative » (DSN) pour la gestion de leur personnel. 300.000 entreprises sur 1,6 million ne l’ont pas encore fait selon le MEDEF. 90 % des employés seraient sous DSN, rétorque le ministère, mais ce formulaire est récent et pas encore testé. Marchera-t-il à 100 % sans bugs ? On a vu ce qu’ont donné les logiciels LOUVOIS dans l’armée et celui de l’Éducation nationale qui, après 10 ans d’essai, ne fonctionne toujours pas. On peut craindre le pire, et les conséquences des erreurs risquent d’être catastrophiques. Encore une fois, cette réforme n’est intéressante que si on veut fusionner CSG et IR. Sinon, il existe des alternatives moins dangereuses et plus efficaces.

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