Poutine supertsar !

Vous reprendrez bien un peu de Poutine ? L’homme fort du Kremlin vient d’être réélu haut la main et sans surprise président de la Fédération de Russie pour un quatrième mandat dont le terme est fixé à 2024. Le succès est incontestablement au rendez-vous : là où les sondeurs donnaient entre 65 et 70 % au président sortant, son score final de 76,6 % dépasse toutes les attentes. Les chiffres de la participation sont toutefois plus mitigés : à peine 60 %, contre 72 % en 2012.

Les poutinistes avaient battu la campagne durant des mois pour convaincre les Russes d’aller voter et de glisser dans l’urne un bulletin au nom de Poutine… chose aisée en Tchétchénie et dans les républiques sibériennes, où c’est le seul bulletin présent sur la table. De fait, la Tchétchénie (tenue d’une main de fer par le sulfureux Kadyrov) a plébiscité à 92 % celui qui l’avait copieusement bombardée en 2000. Voilà un peuple pas rancunier pour un sou ! Dans ce jeu que sont les élections russes, chacun joue son rôle avec une application déconcertante.

Un jeu, certes, mais pas totalement un jeu de dupes. Car ce serait facile (et malhonnête) d’imputer le succès de Poutine uniquement aux fraudes, aux pressions ou à la nullité de ses adversaires qui font davantage figure de pantins du Kremlin que de vrais opposants. Poutine aurait gagné même « à la loyale », avec un score moindre, certes, mais il aurait gagné. Les Russes n’ont pas encore acquis la culture du second tour. Et le président russe jouit d’une grande popularité parmi toutes les classes sociales, surtout chez les jeunes – chose très rare après dix-neuf ans de pouvoir. Sobtchak, la seule véritable opposante dans cette élection, n’a quant à elle recueilli que 1,42 % des voix, alors que son programme libéral-progressiste et sa jeunesse offraient une possibilité d’alternance. Stupeur en Occident…

Pour mieux appréhender ce « phénomène Poutine », il faut comprendre les particularités du peuple russe et sa conception de la politique. Dans ce pays encore pétri de soviétisme où le culte de la patrie est érigé en religion et où l’on n’est pas encore familier des droits individuels, la fierté nationale compte plus que les questions de liberté, d’égalité et de démocratie. Ainsi, en 2016, seuls 40 % des Russes pensaient que l’alternance est nécessaire en politique. Au niveau collectif, les Russes aspirent avant tout à la grandeur, une grandeur que Poutine leur a rendue après la chute de l’URSS. Et sur le plan individuel, le confort compte plus que la liberté. Or, le niveau de vie des Russes moyens s’est nettement amélioré depuis l’arrivée au pouvoir de Poutine, même si l’espérance de vie est toujours de 65 ans et que les travailleurs gagnent presque cinq fois moins qu’en France.

Enfin, Poutine a bénéficié de la récente escalade entre la Russie et l’Occident à propos de l’affaire Skripal. Poutine a pu, dès lors, apparaître aux yeux de son peuple comme le guide d’une Russie entourée d’ennemis dont il serait le seul capable de la protéger. Une stratégie qui semble avoir fonctionné.

Ce mandat sera-t-il le dernier de Vladimir Poutine, comme le pensent les kremlinologues ? On peut en douter. Tant que Poutine est président, il est invulnérable. Partir à la retraite l’exposerait à ses nombreux ennemis intérieurs et extérieurs. Par ailleurs, l’ours russe est coriace et ne lâchera pas si aisément un pouvoir auquel il tient tant. Seule une révolution serait à même de changer la donne. Or, il n’y a pas (encore) de nouveau Lénine pour renverser le tsar 2.0.

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