Primaire à droite

Pourquoi Sarkozy pourrait créer la surprise dimanche prochain

 

Meeting après meeting, l’affluence ne se dément pas : là où Juppé et Fillon rassemblent quelques ambitieux et quelques grand-mères bien élevées, Sarkozy remplit les salles. Hier à Bordeaux, ils étaient plus de trois mille. C’est là un signe qui ne trompe pas.

Si l’ancien Président, malgré le rejet qu’il inspire à beaucoup, mobilise autant à droite, cela tient à plusieurs raisons de fond.

D’abord, son positionnement ancien, depuis 2007 et 2012, sur les questions « populistes » d’identité nationale. On peut lui faire beaucoup de reproches sur ses reniements une fois au pouvoir ou les limites de son action, mais il serait malhonnête de ne pas reconnaître qu’il a senti, très tôt, que cette ligne était celle que voulait suivre le peuple de droite. Une telle constance est trop rare chez lui pour qu’on ne la mette pas à son crédit.

A contrario, la ligne « identité heureuse » de M. Juppé est consternante pour un leader de droite qui s’adresse au peuple de droite dans les circonstances actuelles. À Bordeaux, M. Sarkozy a appuyé bien fort là où ça faisait mal :

« Je ne crois pas à l’identité heureuse. […] Pour les 6 millions de chômeurs, l’identité est-elle heureuse ? […] L’identité heureuse pour qui ? Pour les familles qui ont été matraquées fiscalement ? L’identité heureuse pour les classes moyennes ? Elles ne se sont jamais senties aussi déclassées. […] L’identité heureuse, quand 238 personnes ont été lâchement assassinées par des barbares sanguinaires ? »

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Mais M. Sarkozy dispose d’autres atouts face à ses concurrents. Dans une période d’incertitude internationale, sécuritaire et économique, son expérience d’ancien Président ayant dû affronter la crise de 2008 et la crise géorgienne avec la Russie pèseront dans le choix des électeurs de droite.

Surtout, il bénéficie d’une expérience électorale que n’ont ni M. Juppé ni M. Fillon. À quatre reprises, des millions de Français se sont portés sur son nom : 11 et 18 millions de voix en 2007, 9 et 16 en 2012. Cela crée un socle, un capital électoral solide qui, même érodé, comptera dans cette primaire. Cela crée aussi des liens.

Enfin, il y a, dans l’électorat de droite, un esprit de revanche, avec le sentiment que l’élection de M. Hollande, péniblement acquise par un matraquage médiatique sans précédent dont le seul ressort était l’anti-sarkozysme, était illégitime, vu le total des forces de droite. Et, avec la déconfiture du pouvoir socialiste et le discrédit inédit du Président sortant (on parle de destitution à quelques mois de l’expiration de son mandat), le naufrage de M. Hollande redore fortement le blason de M. Sarkozy.

Le premier tour est donc gagnable pour M. Sarkozy. Ce qui serait un nouveau camouflet pour les sondeurs. Le second sera plus compliqué, car il trouvera face à lui la coalition de ses adversaires, renforcée par l’afflux des électeurs de gauche. Mais pas insurmontable, surtout s’il sait enfin faire appel à des représentants conservateurs qui, de Sens commun à M. Poisson, ne pourront pas apporter leur soutien à M. Juppé.

En tout cas, sa défaite le 27, surtout si c’était M. Juppé qui était désigné, laisserait des millions d’électeurs patriotes orphelins, qui n’auraient pour seul recours que de voter Marine Le Pen dans cinq mois.

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