Editoriaux - 9 septembre 2018

Pourquoi regarder vers l’Italie ?

Parce que nous l’avons toujours fait ! Nos rois rêvaient d’Italie. Les Capétiens régnèrent sur la Sicile. Les Valois firent valoir leurs droits sur le Milanais car ils avaient une grand-mère Visconti. Parce que Bonaparte, d’origine toscane, s’y couvrit de gloire, prit d’assaut le pont d’Arcole et devint roi d’Italie. Parce que la France permit que l’Italie devienne un royaume indépendant.

Parce que l’Italie nous a régulièrement « envahis » en expédiant ce qu’elle avait de mieux : ses artistes, ses reines, ses astrologues et autres empoisonneurs, ses premiers ministres, ses plâtriers et maçons, ses belles bagnoles… Parce que l’Italie nous fait rêver et peut nous laisser croire, quelques instants, que nous descendons des amours de l’empereur Titus et de la reine Bérénice. Parce que Le Guépard, La Dolce Vita, Sophia Loren et Dalida… Parce que l’Italie, c’est la promesse qu’on pourra y attendre la fin du monde, mieux que nulle part ailleurs sur cette Terre. En prenant un cappuccino sur la place Saint-Marc, traversée par quelques piccole contesse se rendant à vêpres pour le simple plaisir d’entendre le « Dixit Dominus » du prêtre roux. En écoutant les cloches de la Ville éternelle battant le rappel de la chrétienté. Ou bien, encore, en ne se lassant jamais des ondulations féminines des collines toscanes. Parce que Don Camillo et Peppone. Parce que Pierre a été crucifié à Rome et pas à Los Angeles.

Parce que l’Italie d’aujourd’hui semble nous dire « Basta! » Ça suffit ! Nous étions ici, chez nous, avant qu’on inventât les technocrates à costumes sombres de Bruxelles. Chez nous, c’est-à-dire des villes bâties sur des villes déjà édifiées alors que les ancêtres d’Angela Merkel vivaient dans des cahutes enfumées au fin fond de la Germanie. Des villes où les maisons sont faites des pierres qui virent couler le sang des premiers martyrs. Chez nous, c’est-à-dire des campagnes qui sont un jardin d’abondance que travaillaient déjà des paysans patients et inventifs lorsque ailleurs, au-delà du limes, on vivait de chasse et de cueillette. Chez nous, déjà, lorsque les consuls de Rome dictaient leur loi au monde méditerranéen et traçaient des routes à travers l’Europe.

Alors, évidemment, les costumes sombres de Bruxelles, de Paris et de Francfort sortent de leurs tablettes les chiffres imparables, irréfutables, incontestables : taux d’endettement, déficit budgétaire, chômage… Et puis, comme un « petit plus commercial », un ultima ratio, les fameuses « valeurs européennes », qu’on a peine, du reste, à définir. Celles, sans doute, qui autorisent, pour ne pas dire obligent, un peuple bimillénaire à se dissoudre dans le grand tout, le grand n’importe qui, le grand n’importe quoi.

Il faut regarder vers l’Italie. Elle est notre avant. Nous sommes son reflet. Elle est peut-être notre demain. Quoi qu’il arrive.

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